Victimes de viol: «Les rares qui osent porter plainte se font laminer»

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Publié le 7 juillet 2011.

INTERVIEW - Le Dr Muriel Salmona, psychiatre et victimologue spécialisée dans les violences faites aux femmes, réagit aux commentaires faits au sujet des plaignantes dans les affaires DSK...

Nafissatou Diallo, Tristane Banon. Deux femmes, deux plaignantes, un même traitement: la suspicion. Présumées victimes d’un agresseur présumé, les deux jeunes femmes n’ont pas été épargnées par les commentaires. Muriel Salmona, psychiatre et victimologue spécialisée dans les violences faites aux femmes, évoque ces cas, loin d’être exceptionnels.

Des commentaires suspicieux sur les antécédents ou la personnalité des plaignantes ont été évoqués. Est-ce fréquent?
C’est continuellement le cas, on assiste à une mise en accusation totale dans laquelle tout est reproché aux victimes. On met en balance d’un côté un crime, et de l’autre des comportements, une personnalité qui n’ont rien d’illégal, voire une vulnérabilité qui est reprochée aux victimes alors que c’est une circonstance aggravante du viol. Il faudrait avoir le profil-type, être la victime idéale?

Quelles sont les remarques les plus courantes?
On leur reproche non seulement leur vulnérabilité, mais aussi les conséquences psycho-traumatiques du viol. Si elles sont éplorées, elles sont perçues comme histrioniques. Si elles restent dignes ou sont sous l’emprise d’une anesthésie émotionnelle -comme c’est toujours le cas après un viol, on doute qu’elles aient été agressées. Et si elles sont déconnectées, ça leur est aussi reproché et elles ne sont plus crédibles.

Ces troubles peuvent-ils être présents longtemps après l’agression?
Après un viol, le système émotionnel est comme court-circuité, pour éviter des atteintes neurologiques graves, et éviter que la victime ne meure d’un stress intense. Confrontée au souvenir du stress, cet état de déconnexion peut ressurgir et donner l’impression que la victime est à côté de la plaque. Par ailleurs, cette anesthésie émotionnelle, alliée aux conduites d’évitement voire aux pressions de l’entourage, expliquent que les victimes portent souvent plainte tardivement.

Les commentaires négatifs sur les plaignantes ont-ils des effets néfastes sur les victimes?
Toutes mes -très nombreuses- patientes m’en parlent. Ca les blesse énormément. Et ils ont un impact négatif sur celles qui n’en ont pas encore parlé. Les rares qui osent porter plainte se font laminer. Seul 8% le font, d’ailleurs, et pour 3%, des enquêtes sont diligentées, avec des condamnations pour 1% d’entre elles. Les autres sont condamnées à vivre avec des troubles lourds. Elles ne doivent pas rester seules et trouver des soutiens. Mais ces commentaires catastrophiques font porter une lourde responsabilité à ceux qui les tiennent.

>> Le billet de Muriel Salmona sur la question est à lire par ici

Propos recueillis par Julien Ménielle
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