Sous-estimé, voire occulté, l'inceste concernerait 2 millions d'adultes qui en auraient été victimes pendant leur enfance. Or, seuls 15.000 nouveaux cas de violences sexuelles sur mineurs sont constatés chaque année. 90% des incestes ne seraient pas signalés à la justice, laissant les victimes seules face à leur drame. Aussi la Haute Autorité de santé (HAS) a-t-elle décidé de s'emparer de ce «fléau de santé publique» en publiant aujourd'hui des recommandations à l'adresse des professionnels de santé afin de les aider à signaler les cas d'inceste.
La peur de tout perdre
Car, selon l'Association internationale des victimes de l'inceste (Aivi), les médecins seraient, avec la famille, les premiers confidents des victimes. Pourtant, témoigne une éducatrice spécialisée, les signalements se font rarement par ce biais.
«Logique, explique Isabelle Aubry, présidente de l'Aivi, les médecins ne sont pas soumis à une obligation de signalement. Or, en cas de poursuites, le risque de tout perdre, cabinet et clientèle, effraie. Alors, ils s'arrangent pour ne pas avoir à le faire.» Isabelle Aubry souhaiterait voir les médecins plus protégés, comme aux Etats-Unis, où ils ont obligation de signaler tout cas suspect, mais ne peuvent pas être poursuivis.
Pour autant, ces recommandations constituent un premier pas dans la formation des médecins. Surtout, elles ont le mérite, à travers le formulaire type de signalement, de constituer un cadre pour les professionnels de santé. Avant, espère Cédric Groushka, membre du collège de la HAS, de voir émerger un plan de lutte gouvernemental contre l'inceste sur mineur et aboutir enfin à une prise de conscience de la société sur «le tabou d'entre les tabous».
Signalement
Le signalement au procureur est le seul moyen de mettre en place une protection judiciaire immédiate d'un enfant en danger. Joignable 24 heures sur 24, les coordonnées sont disponibles en appelant le 17. Autre possibilité : Allô enfance maltraitée au 119.