Tabac: La hausse des prix et des taxes, seule arme efficace

CIGARETTES Le CNCT appelle à une augmentation de 10% par an pour faire baisser la consommation...

Ingrid Gallou

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Vente d'un paquet de cigarettes à Paris en novembre 2009.

Vente d'un paquet de cigarettes à Paris en novembre 2009. — VALINCO/SIPA

«La politique antitabac n’est pas une affaire de comptables.» Au côté du Comité national contre le tabac (CNCT), le député Yves Bur a tenu à rappeler jeudi que le tabagisme était une affaire de santé publique et qu’elle relevait, à ce titre, du ministère de la Santé.

Les antitabac dénoncent, à l’image d’Yves Martinet, président du CNCT, une certaine «consanguinuité entre finances et tabac». Les dernières hausses de prix, décidées par Bercy en accord avec les fabricants, sont restées sans conséquence sur la consommation. Pire, les indicateurs sont dans le rouge. En baisse régulière depuis 1991, la consommation s’est stabilisée pour finalement repartir à la hausse en 2005.

Seul levier d’action: rétablir de fortes augmentations. «Le tabac est un produit addictif, rappelle Emmanuelle Béguinot, du CNCT. De fait, seule une forte hausse d’au moins 10% chaque année peut infléchir la consommation.» Une hausse des taxes fixes sur l’ensemble des produits du tabac. La stratégie a fait ses preuves par le passé.

Tueurs payeurs

En 2003 et 2004, le premier plan cancer a entraîné de fortes augmentations de prix. Les 40% de hausse totale se sont accompagnés d’une baisse concomitante de 30% de la consommation.

Après, c’est la débandade. Entre 2004 et 2007, un gel fiscal est décidé sous la pression, selon le CNCT, des buralistes, qui conduira à une reprise rapide de la consommation. 2003, annus horribilis pour les buralistes. Pascal Montredon, président de leur confédération évoque avec effroi les 5 000 buralistes qui avaient été contraints de mettre la clef sous la porte et redoute la montée d’un marché parallèle, à l’heure où l’Espagne voisine baisse ses tarifs.

Les antitabac, eux, voient dans la hausse des taxes l’opportunité d’augmenter les finances de l’Etat. «Aujourd’hui, détaille Yves Bur, le tabac a un coût sanitaire de 20 milliards d’euros, en partie amorti par les 13 milliards de taxes issues du tabac reversés à la Sécurité sociale. Or, le différentiel de 7 milliards équivaut au trou de la Sécu.» On connaissait les pollueurs-payeurs, poursuit-il, il faut désormais que les tueurs deviennent à leur tour des payeurs.

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