Politiques accusés d'abus sexuels: «Avant, le droit de "trousser une soubrette" s'appelait le droit de cuissage»

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Publié le 25 mai 2011.

INTERVIEW - Catherine Vidal, neurobiologiste spécialiste du cerveau, revient sur les liens entre sexe et pouvoir...

Après Dominique Strauss-Kahn, accusé d’agression sexuelle et de tentative de viol par une femme de chambre, c’est au tour de Georges Tron d’être visé par une plainte pour harcèlement sexuel par deux anciennes employées de sa mairie. La neurobiologiste Catherine Vidal, auteur de Cerveau, sexe et pouvoir, décrypte les liens entre politique et libido.

La structure cérébrale permet-elle d’établir un lien entre le pouvoir et la sexualité?
Dans une situation de pouvoir, les relations de domination des hommes sur les femmes sont exacerbées parce qu’il y a une certaine forme d’impunité. La façon d’exercer son pouvoir à travers des attitudes liées à la sexualité correspond à des constructions mentales liées à la personnalité et le psychisme propre de l’individu en interaction avec le milieu dans lequel il évolue. Mais il n’y a rien de biologique là-dedans.

Comment expliquer ce genre de comportements, alors?
On n’est pas dans la pulsion, c’est une question de construction mentale. Nos cerveaux ont une certaine plasticité, qui explique que l’environnement dans lequel on évolue oriente nos comportements, nos choix. Mais ces attitudes s’inscrivent surtout dans une histoire, une culture humaine. Ca existe depuis que le monde est monde. Avant, le droit de «trousser une soubrette» s’appelait le droit de cuissage. Cette longue histoire de l’humanité continue de nous imprégner.

Et les femmes de pouvoir, elles, n’en abusent jamais?
Partout sur la planète, dans les mythologies et les règles sociales, les hommes ont toujours possédé le pouvoir économique, éducatif, religieux. Il y a d’autres formes de domination. Les femmes peuvent aussi l’utiliser, mais dans des domaines différents.

Les mentalités n’ont donc pas évolué depuis le Moyen-âge?
Le changement est très lent, car c’est extrêmement difficile de faire évoluer les mentalités. Et souvent, la croyance au changement est plus forte que le changement lui-même. Il y a une sorte d’illusion de changement, alors que les choses perdurent. Il n’y a qu’à voir les chiffres sur les différences de salaires ou les emplois précaires. Et ce ne sont pas là des slogans féministes. Lutter contre les stéréotypes et les préjugés, c’est lutter pour des valeurs de justice et d’égalité. Et ça, c’est un enjeu majeur pour notre société.

Propos recueillis par Julien Ménielle
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