130.000 tentatives et plus de 11.000 morts par an. La France connaît l’un des taux de suicides les plus élevés de l’Union européenne. Forts de ce constat, 44 spécialistes lancent un appel aux autorités ce lundi dans Libération. Cet «appel des 44», qui rassemble médecins du travail, psychiatres, psychologues et sociologues, demande la création d’un observatoire des suicides et des conduites suicidaires en France. Objectif : connaître mieux le phénomène et améliorer la prévention.
Une démarche initiée par Technologia, un cabinet spécialisé dans la prévention des risques professionnels. Ce dernier avait déjà réclamé au ministre du Travail et de la Santé la création d’un observatoire. Une tribune avait été publiée en ce sens dans Le Monde le 29 avril dernier.
Cet observatoire, doté de moyens propres et indépendant, serait chargé «de mener des études épidémiologiques et cliniques», afin de faciliter notamment «la connaissance des populations les plus exposées, leurs caractéristiques, leurs lieux de vie et leurs conditions de travail (ou de chômage) et l’évolution dans le temps du taux de suicide.» Il serait pluridisciplinaire, «associant des praticiens hospitaliers en psychiatrie et médecine légale, des médecins, des médecins du travail, des psychologues, des sociologues et des chercheurs en sciences sociales.» . Enfin, il permettrait «de formaliser des réseaux d’alertes et de prises en charge à tous les niveaux curatifs et préventifs».
Cet appel intervient un mois après un nouveau suicide chez France Télécom, portant à 60 le nombre de salariés de l’entreprise qui se sont donné la mort depuis 2008. Par ailleurs, la cour d'appel de Versailles reconnu le 19 mai que la «faute inexcusable» de Renault pouvait être retenue dans le suicide en 2006 d'un ingénieur du Technocentre à Guyancourt, dans les Yvelines.
«La question lancinante du suicide est devenue incontournable dans le débat public, font valoir les auteurs de l’appel, tels que le psychiatre Boris Cyrulnik, le philosopheVincent Cespedes, ou le médecin généticien Axel Kahn. Et de rappeler que le suicide «touche les seniors, les jeunes, les familles mais aussi les entreprises, le monde agricole, les ministères, les services publics (police, pénitentiaire, hôpitaux…). Le pire serait de continuer à discuter de cette question dramatique sans que rien ne se fasse et qu’au bout du compte un suicide puisse devenir banal voire acceptable.»