Suppressions de postes: Les enseignants du primaire refusent le fatalisme

REPORTAGE Plusieurs centaines de manifestants ont défilé ce mercredi pour protester contre les suppressions de postes à la rentrée...

Delphine Bancaud

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Des enseignants défilent, le 18 mai 2011 à proximité du ministère de  l’Education nationale, à Paris, pour protester contre les suppressions de postes d'enseignants à la rentrée 2011.

Des enseignants défilent, le 18 mai 2011 à proximité du ministère de l’Education nationale, à Paris, pour protester contre les suppressions de postes d'enseignants à la rentrée 2011. — AFP PHOTO / PATRICK KOVARICK

«On nous casse tout, on nous dit rien. Plus on avance, plus on en a moins.» C’est sur l’air d’une chanson bien connue de Jacques Dutronc qu’ont défilé ce mercredi après-midi près de 500 enseignants du premier degré aux abords du ministère de l’Education nationale à Paris.

Ils étaient accompagnés de parents d’élèves et de quelques élus locaux venus dénoncer les 9.000 suppressions de postes prévues à la rentrée 2011 dans le premier degré et les 1.500 fermetures de classes. «Si le gouvernement continue à appliquer le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce seront 5.000 classes qui fermeront en 2012», prévient Sebastien Sihr, secrétaire général du Snuipp, principal syndicat du premier degré. Seule solution d’éviter cette perspective selon lui: multiplier les mobilisations partout en France.

Une stratégie que partage Catherine Kernoa, enseignante en Zep à Saint-Denis: «J’exerce depuis 1982 et depuis ces cinq dernières années, j’ai vu mes conditions de travail se dégrader. Le suivi des élèves en difficulté devient de plus en plus difficile, faute de moyens.» Selon Sébastien Sihr, «avec la suppression de 600 postes de Rased (spécialisés dans l'aide aux enfants en difficulté scolaire) à la rentrée 2011, c’est 30.000 élèves de la maternelle et du primaire qui ne pourront plus être aidés.»

«Avant, nous étions toujours remplacés en cas d’absence»

D’un groupe de manifestants à l’autre, la colère est identique, même si les problèmes diffèrent: «Mon école accueille trois classes, raconte ainsi Alexandra Bojanic, enseignante dans l’Orne. Avant, nous étions toujours remplacés en cas d’absence, mais depuis deux ans, ce n’est plus systématique. Et avec les fermetures de classes, certains élèves font quarante minutes de car le matin pour venir à l’école.»

Aux dires de plusieurs enseignants, le mécontentement des parents est lui aussi de plus en plus criant sur le terrain. D’où la présence parmi les manifestants de Laurence Dumont, députée PS du Calvados, arborant l’écharpe tricolore: «Je me suis éclipsée de l’Assemblée pour relayer les inquiétudes de mes concitoyens, d’autant que mon académie est l’une des plus touchées en France. On sait très bien que lorsque l’on coupe les moyens de l’Education nationale, les effets se font ressentir vingt ans plus tard.»

Reste à savoir désormais si cette manifestation et toutes celles qui suivront réussiront à peser sur les arbitrages en cours pour le budget 2012. «L’espoir est mince», concède Laurence Dumont, avant de reprendre la marche vers le ministère de l’Education.