Japon: La saison touristique a bien du mal à démarrer après Fukushima

TOURISME – En pleine saison des cerisiers en fleur, la plupart des Français qui avaient prévu un voyage au Japon ont décidé d’annuler…

Guillaume Boulord

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Un cerisier en fleurs devant le château de Matsue au Japon en 2003.

Un cerisier en fleurs devant le château de Matsue au Japon en 2003. — SIMMONS BEN/SIPA

Des cerisiers en fleur aux pétales rosés sont dispersés par le vent. Une femme en kimono se prosterne devant un temple. Au loin, des gratte-ciel réverbèrent les rayons du soleil. Le printemps japonais est certainement la carte postale la plus séduisante de l’Extrême-Orient. Mais l’image d’Epinal vire au cauchemar depuis l’accident à la centrale de Fukushima. Les grands voyageurs qui avaient prix des billets pour Tokyo ont préféré annuler leur voyage. Et les tour-opérateurs, qui recommencent à partir de ce samedi à organiser des voyages au Japon, ne se font guère d’illusions.

Un phénomène français

Signe des temps, chez Air France, faute de trafic suffisant, l’A380 qui desservait Tokyo a été remplacé jusqu’en septembre par un Boeing 747, moins volumineux. A l’Office du tourisme du Japon à Paris, les clients se comptent sur les doigts d’une main. «Pas plus de trois par jour, c’est trois à quatre fois moins que d’habitude», remarque Ikuko Nagao, chargée de la communication. «Il y a encore quelques personnes qui partent, ajoute-elle, souvent pour retrouver leur famille sur place, et quelques touristes qui avaient prévu leur voyage de longue date».

Ikuko Nagao parle d’un phénomène français. «Ce sont les Français qui on réagit le plus rapidement. Ils sont particulièrement sensibles au problème du nucléaire, sans doute parce que la France est un pays qui compte beaucoup de centrales, qu’il y a un débat autour de cette question. Et puis les médias ont créé l’inquiétude.» Au premier trimestre, le nombre de touristes français a diminué de 20% par rapport à l’an dernier. Les touristes hexagonaux ne craignent pas un tsunami. Mais l’idée d’une contamination radioactive les effraie. Sur les forums du Guide du routard, les questions sur le remboursement des billets ont remplacé les interrogations sur la culture nippone.

«La vie est revenue à la normale»

Pourtant, depuis le 14 avril, si le ministère des Affaires étrangères «déconseille formellement les déplacements dans les préfectures de Miyagi, Fukushima, Ibaraki et Tochigi (autour de la centrale, et les lieux frappés par le Tsunami)», le quai d’Orsay affirme que «résider ou voyager à Tokyo ne comporte pas actuellement de risque pour la santé des populations. Résider ou voyager dans le reste du pays ne présente pas de problème particulier».

A Tokyo, «la vie est revenue à la normale », raconte Nicolas Bonnardel, directeur de la Chambre de commerce et d’industrie française au Japon. «Il n’y a pas plus de risque de contamination radioactive qu’en Auvergne», ironise-t-il. Même son de cloche pour Ikuko Nagao: «les quartiers branchés de Shinjuku et Shibuya sont certes moins animés qu’avant: les néons sont éteints la nuit, les gens se contiennent un peu plus. Mais Tokyo n’est pas une ville morte». Le CETO, l’association des tours opérateurs, qui avait suspendu ses voyages au Japon a décidé de les reprendre à partir du 30 avril.

Des tarifs revus à la baisse

Malgré cette situation quasi normale, Delphine Fitoussi, la directrice de l’agence de voyage La route du Japon, a vu le nombre de ses clients diminuer comme peau de chagrin. «Sur 170 passagers qui devaient s’envoler fin mars ou début avril, la haute saison pour nous, seuls 8 sont vraiment partis. Et pour la fin de l’année, ils ont tous annulé.»

Pour faire repartir la machine, elle a décidé de revoir ses tarifs à la baisse. «Le yen a beaucoup baissé par rapport à l’euro, ce qui va me permettre de faire diminuer mes prix entre 10% et 15%, et je vais faire un plus un geste de mon côté», détaille-t-elle. Les hôtels japonais font déjà des réductions. Dans le quartier d’Ueno, au Nord-est de Tokyo, la confortable auberge de jeunesse Bakpak propose des chambres pour deux personnes à moins de sept euros la nuit. Les prix restent élevés, en particulier à cause du billet d’avion: comptez entre 2.000 euros et 5.000 euros par personne, si vous partez par un tour-opérateur.

Montrer son attachement au pays

Malgré ces prix en baisse, «les touristes qui se rendent au Japon n’y vont pas sur un coup de tête», explique la directrice de l’agence. Les rares personnes qui se rendront ces prochains mois au Japon sont des passionnés. Sur le site du Guide du routard, un internaute déclare: «J'ai hâte d'être sur place parce que ce qu'on entend des gens sur place et ce qu'on lit ici est très différent. Les gens qui partent sont plus les fidèles qui tiennent à montrer leur attachement pour ce pays et ses habitants».