- Thibault Camus/AP/SIPA

A un an du premier tour de la présidentielle, c’est déjà l’heure du bilan pour Nicolas Sarkozy. Celui dressé par la LDH n’est pas flatteur pour le chef de l’Etat.  «La République défigurée», c’est le titre du document dont Libération publie jeudi les principales conclusions. La LDH revient notamment sur le discours de Grenoble, prononcé au cœur de l’été 2010 par Nicolas Sarkozy et qui marque le virage sécuritaire. Mais aussi le symbole de «l’éthnicisation des rapports sociaux» d’après la LDH.  «Un discours ultra-sécuritaire qui divise le peuple français en faisant émerger une nouvelle catégorie, les Français d’origine étrangère pour qui la nationalité ne serait pas acquise ou de droit, mais précaire et conditionnelle», note Malik Salemkour, vice-présidence de la LDH. 

Et ce discours est passé aux actes, notamment avec les contrôles au faciès basé «selon l’apparence des personnes» plutôt que leur «comportement» .  De même, le discours tenu vis-à-vis des Roms prouve «l’intégration de l’origine comme paramètre d’appréciation des faits délictueux en renforçant des préjugés racistes séculaires», note la LDH.  

Hausse de la précarité et «contre-réformes» 

Quant au volet «égalité», il est également malmené, note l’organisation, en raison d’un hiatus entre le discours et la politique menée. «L’année 2010 de la présidence Sarkozy fut une illustration de ce remplacement de l’action politique par un discours conjoncturel dont l’objectif reste la conservation du pouvoir au profit d’un clan», notent François Dumont et Dominique Guibert. «Depuis le début des années 2000, la tendance à la réduction des inégalités s’est interrompue», ajoutent-ils, ciblant les inégalités scolaires, en matière de soin, ou face à la retraite. Des écarts accentués par «la dégradation des missions de services publics».

La LDH s’inquiète également de la montée de la précarité dans la société française. «Il ne faut plus considérer la précarité comme une marge mais plutôt se demander si son expansion n’est pas en train d’opérer une reconfiguration profonde du monde du travail dans le sens de la fragmentation», note l’organisation. Or, selon  le sociologue Robert Castel, la hausse de la précarité est due à «une offensive politique menée à partir des plus hauts sommets de l’Etat au nom du ‘travailler plus pour gagner plus’ et d’une survalorisation du travail qui conduit paradoxalement à sa dégradation». En substance, travailler est devenu si important qu’il ne faut plus se soucier ni du type de travail ni de la rémunération.

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