Avec le nouveau suicide, mardi, d’un salarié de France Télécom-Orange, le nombre de salariés de l’entreprise qui se sont donné la mort depuis 2008 est porté à soixante, selon les chiffres de l’Observatoire du stress de l’entreprise. Pourtant, un «nouveau contrat social», un ensemble de mesures visant à améliorer les conditions de travail, a été mis en place dans l’entreprise en septembre 2010. Ce suicide est-il à mettre sur le compte du précédent système de management ou y a-t-il encore des problèmes au sein de l’entreprise?
«Les deux», répond à 20 Minutes Anne-Marie Minella, déléguée syndicale CFE-CGC-UNSA et membre de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées à France Télécom-Orange. Pour elle, le malaise subsiste bel et bien au sein de l’entreprise, malgré le «nouveau contrat social».
«Il faut du temps»
«Le contexte est un peu moins contraignant, mais n’a pas vraiment changé. La mobilité par exemple n’est plus obligatoire, mais les salariés sont conduits à l’accepter car il y a toujours des restructurations», explique la déléguée syndicale, ajoutant que «les lignes hiérarchiques et les méthodes n’ont pas changé: ce sont les mêmes qui ont été conditionnées dans un management inhumain qui doivent aujourd’hui apprendre à fonctionner autrement. Il faut du temps pour cela.»
«La page n’est pas tournée, il ne faut pas rêver. Ca ne se fait pas comme ça, comme dans un livre. Cela demande un travail de longue haleine, qui a à peine commencé», ajoute la déléguée syndicale. Un avis que semble partager Stéphane Richard, , le directeur général de France Télécom, qui a souligné ce mercredi que mettre fin à la vague de suicides qui touche l’entreprise va demander un «effort quotidien».
En conséquence, «c’est encore très difficile pour ceux qui ont été le plus malmenés» sous l’ère Lombard, juge Anne-Marie Minella. Et le salarié qui s’est immolé par le feu mardi faisait «partie de ces cadres qui souffraient au travail», a indiqué Florence Bordes, déléguée syndicale coordinatrice pour la CFDT sur l'Aquitaine. Il avait dû «quitter son poste en Dordogne en 2000, qui était supprimé, pour venir en Gironde». Les dix années qui ont suivi, comme il ne voulait pas quitter le département, il a enchaîné «des missions qui ne correspondaient pas à son niveau de qualification», selon la syndicaliste.
Et, depuis six mois, il travaillait en tant que «préventeur» (chargé des conditions de travail, de l'hygiène et de la sécurité) à Bordeaux. «Ce poste, il avait choisi d'y postuler. Mais c'était aussi voir l'envers du décor», souligne Florence Bordes. «Il voyait des choses qui se passaient dans l'entreprise et qui auraient dû être abolies depuis la mise en place du nouveau contrat social», a-t-elle encore précisé.
Le suicide reconnu en accident du travail?
De plus, dans le «nouveau contrat social», «aucune action ou moyen n’est prévu pour redonner de la dignité aux salariés qui ont été touchés par le management précédent. Cela coûterait assez cher, et l’entreprise n’est visiblement pas prête à mettre les moyens qu’il faut», croit savoir Anne-Marie Minella. Et de poursuivre: «Tout le monde le reconnaît, c’est quelqu’un qui a beaucoup souffert du management antérieur. Si la direction veut montrer qu’elle est dans un état d’esprit différent, elle doit reconnaître ce suicide comme un accident du travail.»
Ce que semble prêt à faire Stéphane Richard. Il a annoncé ce mercredi que dans le cas où l’enquête diligentée sur le suicide de mardi faisait état «d'une quelconque forme de responsabilité de l'entreprise», il en tirerait «toutes les conséquences, notamment en ce qui concerne la reconnaissance de ce drame en accident du travail».