La mission d’information parlementaire sur la prostitution propose notamment de punir pénalement les clients de prostituées. Cette mesure peut-elle être dissuasive, selon vous ?

Non. Et la prohibition risque au contraire d’entraîner plus de violences. Quand les hommes sont traqués, ils deviennent méchants. En Suède, il y a beaucoup plus d’attaques de prostituées depuis 1999 et l’adoption de la loi qui pénalise les clients. Les femmes sont obligées de travailler en appartement et sont donc plus vulnérables. Et les mafias russes fleurissent.

Sont-elles plus en sécurité en France?

Quand elles ne sont pas harcelées par la police, les prostituées «traditionnelles» peuvent plus ou moins choisir leur client. Mais la loi sur le racolage passif votée en 2003 les oblige à agir dans la précipitation. Elles ont moins le temps d’expliquer pourquoi elles veulent une relation sexuelle protégée et depuis 2003, on observe une augmentation de des infections sexuellement transmissibles chez les prostituées.

Selon vous, la pénalisation de la prostitution ne protège donc pas ces femmes?

Non. A force de les considérer comme des victimes, d’un point de vue féministe, on en fait de vraies victimes. Cette nouvelle mesure, c’est faire fi du consentement entre deux personnes majeures et mépriser les femmes qui disent exercer cette activité librement. Les prostituées ne sont pas toutes des aliénées, elles sont capables de consentir aux relations qu’elles tarifent. En tout cas, on ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac. Cette proposition de loi fait un amalgame entre les femmes libres, les femmes qui ont été contraintes à la prostitution au départ mais qui ont choisi d’y rester et les filles esclaves de la mafia, qui ne sont pas les plus nombreuses.

Tout comme il y a différents «types»  de prostituées, y a-t-il différents «types» de clients?

Nous n’avons pas de chiffres sur le nombre de clients ou sur leur évolution. Mais selon les études des sociologues et des ethnologues disponibles, on voit bien que c’est «Monsieur tout le monde»: célibataires timides, mariés avec enfants, politiques, hommes du show-biz…  Ceux avec qui on a pu parler sont très respectueux des prostituées. D’ailleurs, ceux qui se montrent violents avec elles, ce ne sont pas des «clients» mais des malfaiteurs, des «casseurs de putes».

Pour quelles raisons ont-ils recours à des prostituées?

Certains aiment leurs femmes mais s’ennuient au lit. D’autres ne s’entendent plus trop avec leur épouse mais ne veulent pas prendre une maîtresse car c’est prise de tête. Selon les prostituées que nous avons rencontrées, beaucoup leur parlent de leurs problèmes de couples et elles font parfois office de conseiller conjugal, essayant de les rabibocher avec leurs femmes. Si la prostitution devenait interdite, beaucoup d’hommes, ou de femmes d’ailleurs, y perdraient ce confort psychologique qu’apportent les prostituées. Ces femmes sont spécialistes de l’aide sexuelle.

Etant donné les débordements systématiques sur ce type d'article, nous sommes contraints de le fermer aux commentaires.

Mots-clés :