A compter d'aujourd'hui, il n'est plus permis de se déplacer dans les espaces publics le visage totalement dissimulé.
A compter d'aujourd'hui, il n'est plus permis de se déplacer dans les espaces publics le visage totalement dissimulé. - S. ORTOLA / 20 MINUTES

Alexandre Sulzer

Le scepticisme domine chez les policiers alors que la loi qui prohibe le port du voile intégral entre en application ce lundi. Ils craignent que le texte, qui interdit d'avoir le visage dissimulé dans les espaces publics, ne soit difficile à appliquer.

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Car une circulaire du ministère de l'Intérieur datée du 31 mars le précise:  Les forces de sécurité n'ont pas le pouvoir de faire ôter le vêtement qui dissimule le visage.» Si la personne refuse d'enlever son voile afin de contrôler son identité, elle pourra être conduite au poste, c'est tout. «Il conviendra […] de faire preuve de persuasion, de façon à ne recourir à cette faculté qu'en dernier recours», précise la circulaire, qui prévient: «Les forces de sécurité veilleront à apprécier avec discernement le contexte général entourant le déroulement du contrôle.» Preuve que les pouvoirs publics ont conscience de la sensibilité du sujet.

«Les policiers devront faire attention à leur propre sécurité, ils ne sauteront pas sur tout ce qui bouge, juge Frédéric Lagache, du syndicat Alliance. On ne va pas aller chercher une personne au milieu d'une foule. Si je devais le faire, j'y réfléchirais à deux fois si je me trouve dans un quartier sensible.»

Risques de provocation

«La loi sera difficilement appliquée de la même façon partout en France, confirme Mohamed Douhane, du syndicat Synergie Officiers. Cela pose le problème de l'égalité de tous devant la loi.» D'autant que les policiers anticipent des provocations de la part d'une minorité. «Des mouvements intégristes ne demandent qu'à faire monter les enchères. Les policiers savent qu'ils seront tenus responsables d'éventuels troubles à l'ordre public.»

Autre questionnement: «Peut-on appliquer la loi à la femme d'un émir qui sort de chez Cartier?», se demande le syndicaliste. Avec ses confrères, il redoute que les policiers qui appliqueraient la loi à de puissants étrangers ne se voient ensuite lâchés par leur hiérarchie. «Ça risque de carillonner entre le Quai d'Orsay et la Place Beauvau.»

Interpellations

Une soixantaine de personnes ont été interpellées samedi lors d'un rassemblement d'islamistes radicaux à Paris contre la loi sur le port du voile intégral.