Le mardi 29 mars dernier, les débats sur la loi de bioéthique dans les salons feutrés du Sénat ont pris une tournure inattendue. Examiné en commission des Affaires sociales, un amendement visant à préciser que «nul ne peut être exclu du don [d’organes] en raison de son orientation sexuelle» a été rejeté par le gouvernement au motif que «l'homosexualité est un facteur de risque pour le VIH, donc une contre-indication de don». Ces propos, tenu par Nora Berra, la secrétaire d’Etat à la Santé, ont provoqué une vive polémique. Pierre Noir, vice-président de France Adot (Fédération des associations pour le don d'organes et de tissus humains) revient sur ces déclarations.
Cela me met en boule d’entendre des bêtises pareilles de la part d’élus et d’une ministre. Ils font des déclarations sans du tout savoir ce qu’il disent. A priori, personne n’est exclu du don d’organes. Tout le monde est un donneur potentiel, sauf si l’on découvre par exemple qu’une personne en état de mort cérébrale est en phase active de cancer.
Un décret de 2006 indique que les organes de personnes séropositives ou porteuses d’une hépatite peuvent être prélevés et réimplantés sur des patients atteints des mêmes pathologies. Cela n’aggrave pas leur cas et cela peut leur permettre de gagner quelques mois ou années de vie. Ce genre de configuration reste malgré tout exceptionnel.
Contrairement au don du sang, les hommes homosexuels ne sont donc pas exclus du don d’organes?
Non. La loi, révisée en 2004, garantit le don d’organes de toute exclusion et de toute discrimination. Le don d’organes, c’est la tolérance à l’extrême. On ne se soucie pas de l’orientation sexuelle, des opinions politiques ou de la religion. Et surtout il faut continuer à garantir l’anonymat du donneur. Or, la volonté de la lever dans le cas du don de sperme nous fait craindre une brèche. Quant au don du sang, exclure d’office des gens parce qu’ils sont homosexuels, c’est curieux. C’est un principe de précaution à outrance.
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