Quatre dirigeants de Sup de Co Amiens et l'association de l'école de commerce doivent comparaître ce jeudi et vendredi pour harcèlement moral à l'encontre de plusieurs salariés, après le suicide d'une ancienne directrice en 2009. L'audience devant le tribunal correctionnel d'Amiens, initialement prévue début janvier, avait été reportée pour une irrégularité de forme dans la citation délivrée contre l'association, personne morale.

Le 23 juillet 2009, une ancienne membre du comité de direction de 48 ans, qui avait mal vécu sa rétrogradation, selon l'accusation, s'était défenestrée depuis son bureau, au deuxième étage du bâtiment principal. Six mois plus tard, le 21 janvier 2010, une assistante pédagogique de 44 ans avait tenté de mettre fin à ses jours en avalant des médicaments à son domicile. En arrêt maladie depuis le mois de novembre, cette employée avait dénoncé ses conditions de travail dans un courrier retrouvé après sa tentative de suicide. Elle avait fait de même lors d'une seconde tentative le 19 mars 2010.

Sept victimes au total

Un psychologue avait relevé dans un rapport des «troubles d'effondrement psychique» lié à un «cruel manque de reconnaissance». Selon son avocat, Me Hubert Delarue, elle aurait fait une troisième tentative de suicide au début de l'été. Au total, sept victimes ont été prises en compte dans la procédure. Certains salariés ont vu leur arrêt de travail pour dépression reconnu par l'Assurance maladie comme accident du travail. Selon les cas, les salariés dénoncent une «mise au placard», «des propos humiliants», une surcharge de travail ou une pression de la hiérarchie pour les pousser à la démission.

Doivent comparaître devant le tribunal correctionnel d'Amiens Jean-Louis Mutte, directeur général de Sup de Co, Isabelle Mathieu, directrice administrative et financière de l'école, Georges Pouzot et Roger Davis, respectivement directeur délégué de l'Institut supérieur d'administration et de management (ISAM) et directeur délégué de l'Ecole supérieure de commerce (ESC), deux entités du groupe Sup de Co.

Me Stefan Squillaci, conseil de M. Mutte, affirme que son client «ne comprend pas le sens des poursuites» à son encontre. L'avocat dit avoir l'impression que le suicide a été «instrumentalisé», soulignant que son client «a été anéanti» par le décès en 2009 de l'ancienne directrice de l'administration et de la communication interne. Il souligne que sa rétrogradation remontait à 2003. Les quatre hauts responsables de l'école encourent jusqu'à un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende, l'association Sup de Co jusqu'à 75.000 euros d'amende. La CGT s'est constituée partie civile, selon son avocat, Me Fiodor Rilov.