Des militantes ukrainiennes: «Nos seins sont une arme dont le pouvoir a peur»

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Publié le 9 février 2011.

ACTIVISME - Les membres du mouvement FEMEN n'hésitent pas à se dénuder pour faire passer leur message...

Voilà des militantes qui n'ont pas froid aux yeux. En plein hiver, quatre jeunes femmes surgissent seins nus au coeur de Kiev et, sous le regard ahuri des passants, scandent des slogans contre le pouvoir ukrainien: FEMEN, un mouvement d'opposition féminin, brandit la nudité comme arme politique. Toujours couronnées de fleurs à la mode folklorique ukrainienne, ces militantes topless ont une cible favorite: le président Viktor Ianoukovitch, accusé d'être un goujat sexiste vendu à la Russie.

Dénoncer le machisme

Cette fois-ci, face aux journalistes captivés, elles réclament la «destitution de Ianoukovitch», le chef de l'Etat venant de créer la polémique en invitant les investisseurs étrangers à venir en Ukraine au printemps, «lorsque les femmes commencent à se dévêtir». Accroupies face à la gare, les fesses à l'air autant que la poitrine, les quatre militantes signifient ainsi au président qu'il a «merdé», expliquent-elles.

FEMEN, qui revendique 300 militantes à Kiev, n'en est pas à son coup d'essai, devenant en trois ans un phénomène en Ukraine et se faisant connaître même à l'étranger. A moitié déshabillées ou en tenues légères, les membres de FEMEN multiplient les actions publiques pour dénoncer la prostitution, le tourisme sexuel, ou le harcèlement dont sont victimes les étudiantes d'université en Ukraine.

Car leur objectif premier est, selon la chef du groupe Anna Goutsol, de dénoncer le machisme de la société afin d'améliorer la condition féminine dans cette ex-république soviétique, dont l'actuel gouvernement ne compte que des hommes. «Les femmes n'ont pas les mêmes droits que les hommes, beaucoup d'entre elles se marient à 20 ans et n'ont après plus de carrière ni d'indépendance financière», explique cette jeune femme de 26 ans.

«D'abord, les gens regardent nos poitrines, puis nos banderoles»

Elle raconte que l'idée de manifester topless est venue un peu par hasard. Lors d'une action en 2009, les militantes avaient montré leur dos nu décoré d'un slogan. Mais un photographe les a immortalisées de face. Les clichés sont alors publiés par un grand magazine national. «Nous avons compris que le seul moyen d'attirer le maximum d'attention sur un problème était de protester seins nus», explique Anna Goutsol.

«Nous avons peu d'argent pour développer notre mouvement, mais nous avons nos corps, nos cerveaux et notre créativité. D'abord, les gens regardent nos poitrines, puis nos banderoles», relève-t-elle. Leur premier grand coup intervient en février 2010. Quatre jeunes filles déjouent alors le service de sécurité du candidat à la présidentielle Viktor Ianoukovitch, dans le bureau de vote où il était attendu le jour du scrutin.

«Ca suffit de violer le pays!»

Quelques minutes avant son arrivée, elles crient face aux caméras et devant des gardes du corps perplexes: «Ca suffit de violer le pays!» et «Au secours! Au viol!». Depuis, leurs actions se terminent régulièrement au commissariat. «Nos seins sont une arme dont le pouvoir a peur. Les autorités ont même ordonné à la police de ne pas laisser les FEMEN se déshabiller», affirmeAnna Goutsol.

Mais pour l'écrivain Oksana Zaboujko, le mouvement «abuse» de la méthode. «Si on organise un strip-tease à chaque occasion, on finit par ne plus voir le message politique mais juste un spectacle de filles nues», dit-elle. D'autres soupçonnent les militantes de préparer un projet politico-commercial. «C'est un projet très bien construit, derrière ses seins, il y a plus de cervelle qu'il n'y paraît», estime Andri Taranov, un cofondateur du groupe de communication Kwendi. FEMEN dément, et dit avoir 700 euros pour budget mensuel, dont une partie est récoltée en vendant des toiles représentant les empreintes de seins des militantes.

© 2011 AFP
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