La date butoir est fixée au 12 février 2015. L’ensemble des transports urbains (sauf les réseaux souterrains de transports ferroviaires) en France devra alors être accessible aux personnes handicapées. Irréalisable? Le simple schéma directeur d’accessibilité (SDA), à réaliser avant le 12 février 2008 par les autorités organisatrices de transport, n’est même pas finalisé dans 70% des cas.
Le salon Intermodes, qui ouvre ses portes mercredi 9 février à Bruxelles, et dont 20 Minutes est partenaire, va consacrer une grande partie de ses débats au sujet de l’accessibilité des transports en Europe. Pas qu’aux handicapés d’ailleurs: les personnes avec leurs poussettes, les invalides temporaires, sont tout aussi concernés. Un parcours accessibilité à l’intérieur du réseau de transport urbain de Bruxelles sera proposé mercredi à 12h15, afin de poser la problématique du handicap au sein des transports.
Une des réponses suggérée par les organisateurs du salon pour améliorer l’accessibilité, c’est l’intermodalité. Plus les voyages seront fluides, moins les changements seront longs, plus les transports seront attractifs.
Pour les spécialistes du handicap, il faut effectivement accorder un «regard global» à la problématique de l’accessibilité. «Beaucoup de villes se félicitent d’avoir remplacé toute leur flotte de bus par des bus adaptés. Mais si parallèlement elles n’ont pas rendu leur voirie accessible cela ne sert à rien…», relève Jean-Marie Barbier, président de l’APF. L’association des paralysés de France rendra d’ailleurs publique mercredi 9 février son deuxième rapport sur l’accessibilité dans les agglomérations françaises. Maria Nyma, de «European disability forum», organisation représentative des personnes handicapées en Europe, s’étonne également que «les autorités n’aient pas un regard global. Des législations sont adoptées dans le monde du ferroviaire, mais il n’y a quasiment rien dans le transport maritime. On rend les bus accessibles, mais on ne forme quasiment pas les chauffeurs à attendre les personnes à mobilité réduite, et à adapter leur conduite. L’approche intermodale est essentielle.»
Le pire pour ces spécialistes est de vouloir séparer le transport des personnes handicapées, de celui des valides. «L’exemple de la ville de Nice est un cas d’école, note Jean-Marie Barbier. Le maire a cru bien faire en développant un système de transport à la carte pour les personnes à mobilité réduite, sans s’occuper d’améliorer les transports en commun. Résultat: cela va lui coûter beaucoup plus cher, et ce choix est totalement opposé à l’esprit de la loi qui dit bien qu’il faut adapter ses transports. A l’inverse, des villes comme Grenoble et Saint-Etienne ont rendu leurs tramways totalement accessibles, ce qui a profité à l’ensemble de la population qui les a trouvés du coup beaucoup plus confortables. Et la fréquentation des transports a augmenté. Comme quoi il s’agit bien d’un sujet qui concerne tout le monde.»
Surtout au sein d’une société «vieillissante» et de plus en plus urbanisée. Environ 80 millions de personnes en Europe souffrent d’un handicap, soit 15% de la population. Si l’on ajoute les personnes âgées, celles avec leurs enfants… cela peut aller jusqu’à 40% de la population concernée par les problèmes de mobilité.