Un lit, un repas et un peu d'humanité

HIVER Le Refuge, à Paris, est déjà complet avant le début de la première vague de froid...

Lucie Soullier

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Le Refuge accueille gratuitement jusqu'à 432 sans-abri chaque soir.

Le Refuge accueille gratuitement jusqu'à 432 sans-abri chaque soir. — S. ORTOLA / 20 MINUTESS. ORTOLA / 20 MINUTES

Complet chaque soir. Le Refuge parisien de la Mie de Pain n'a pas attendu l'annonce de l'arrivée, cette semaine, de la première vague de froid. La saison hivernale y a été inaugurée dès le 1er octobre. Et les «accueillis» ont rapidement rempli les chambres. En réalité, des box de 6 à 8 lits superposés, en enfilade, sur trois étages. En y ajoutant les douches, les casiers ainsi que l'espace télévision, la rue Charles-Fourier, dans le 13e à Paris, loge le plus grand centre d'accueil de sans-abri de France. Pas moins de 432 couchettes gratuites et anonymes. Et autant de personnes cabossées et de vies accidentées s'y assoupissent chaque soir.

«Le seul repas de la journée»

A 59 ans et après «un passage à l'hôpital», Yves est ainsi de retour au Refuge depuis «le 6 juin 2010». Une date gravée dans sa mémoire. Dans le box voisin, un homme s'est déjà endormi. Il est à peine 18h. Le moment, pour tous les autres, de rejoindre ceux et celles qui viennent uniquement pour dîner, au réfectoire de la Mie de Pain. Au menu, mardi soir: soupe, filet de poisson, riz, ratatouille, fromage et yaourt. «Un repas que je ne peux pas me payer», explique Christiane, 68 ans.

A côté d'elle, Richard raconte que «c'est [son] seul repas de la journée». A 44 ans et en invalidité, «les fins de mois sont difficiles. Mais la Mie de Pain, c'est plus que ça», confie-t-il. Son fils vivant chez son ex-compagne, il vient ici briser l'isolement. Et, dès l'entrée, le sourire est présent sur le visage de Sergueï, à l'accueil. Il a un mot pour chacun, il les connaît pratiquement tous.

Quant à Emmanuel Courcier, le responsable du Refuge, il y travaille depuis dix ans. «La détresse n'a pas changé et l'on manque toujours de places dans les centres.» Le pire du métier, selon lui : «Devoir dire non.» Alors, tous les ans, lorsque le froid se fait plus vif et qu'il n'y a plus de lit, impossible de ne pas faire ce qu'il appelle des « mises à l'abri ». C'est-à-dire laisser simplement entrer un homme qui dormira, au chaud... sur un banc.

Objectifs

En visite au centre du Samu social d'Ivry-sur-Seine, lundi, Benoist Apparu a indiqué qu'il souhaitait que toutes les demandes d'hébergement d'urgence soient «pourvues» cet hiver. Le secrétaire d'Etat au Logement assure que la France dispose de 113.000 places d'accueil et estime à près de 100 000 le nombre de sans-abri en France. Selon lui, 16 000 personnes ont quitté, depuis janvier, l'hébergement d'urgence pour des logements plus pérennes.

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