Des traces laissées par l'immolation par le feu d'un salarié de France Telecom-Orange, sur le site de Mérignac, le 26 avril 2011.
Des traces laissées par l'immolation par le feu d'un salarié de France Telecom-Orange, sur le site de Mérignac, le 26 avril 2011. - AFP PHOTO /PHOTO PATRICK BERNARD

Julien Ménielle

Archive 20Minutes. Cet article a été mis à jour à la suite de la tentative d'immolation par le feu d'un chômeur en fin de droits à Saint-Ouen.

S’immoler par le feu. En moins d'une semaine, ce sont deux chômeurs en fin de droits, l'un mercredi à Nantes et l'autre à Saint-Ouen ce vendredi, qui ont choisi ce geste rare et d’une violence qui pose question. Que faut-il voir derrière le choix de ce mode de suicide?

«Une révolte contre une injustice»

L’immolation est fréquemment marquée du sceau de la religion, ou de la politique. C’est un geste «qui correspond à une révolte contre une injustice», note le professeur Gérard Schmit, président de la fédération française de psychiatrie. Selon le psychiatre, cet aspect du suicide par le feu colle mieux avec l’adolescence que le côté «purificateur» qu’il peut revêtir.

«Chez beaucoup d’adolescents, le geste suicidaire est surtout une volonté de quitter une situation jugée insupportable», explique Gérard Schmit. Mais dans le cas de l’immolation par le feu, le passage à l’acte prend une dimension spectaculaire. «Il y a du désespoir, de la révolte et le désir de la rendre visible», précise le psychiatre.

«La visibilité est primordiale»

Car pour Gérard Schmit, «le choix de la "technique" est porteuse de sens». Si la pendaison ou le suicide par arme à feu sont le signe d’un «désir de mort extrêmement fort», dans le cas de l’immolation par le feu, «la visibilité est primordiale». Choisir ce mode de suicide «c’est vouloir que sa mort soit porteuse d’un message, d’un témoignage».

«Il ne s’agit pas d’un simple appel au secours», précise le psychiatre. Mais les adolescents, selon lui, ont parfois du mal à appréhender le côté définitif de leur geste. «Parfois, les jeunes suicidaires envisagent la mort comme une libération, mais se projettent dans l’après-suicide comme dans une période où tout ira mieux.»