Ce fait divers avait embrasé la France pendant trois semaines.Tout commence le 27 octobre 2005, avec la mort de Zyed et Bouna, deux adolescents de 17 et 15 ans originaires de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Se croyant poursuivis par la police après un contrôle d’identité, ils décèdent dans le transformateur EDF dans lequel ils s’étaient cachés.
En réaction, certains disent leur tristesse ou leur colère. D’autres passent à l’acte. Le soir, les premiers troubles surviennent. Lors d’un face-à-face entre jeunes et policiers, une grenade lacrymogène lancée par ces derniers atterrit dans la mosquée. Et c’est l’escalade.
Au fil des nuits de confrontation entre jeunes et forces de l’ordre, mobilisées en masse, la révolte gagne les départements alentour avant de toucher les quartiers sensibles et les centre-villes de plusieurs grandes agglomérations.
Les images de ces affrontements urbains, des voitures, des gymnases ou des entrepôts en flammes, les escouades de policiers qui affrontent les groupes de jeunes circulent dans le monde entier. Le 7 novembre, le président de la République Jacques Chirac prend la parole pour la première fois.
Tardivement, diront certains. Ferme sur les questions de sécurité, il insiste aussi sur le «malaise profond» des banlieues. Le lendemain, l’état d’urgence est décrété et une quarantaine de villes sont placées sous couvre-feu. Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, provoque la polémique.
Après l’emploi critiqué des mots «Kärcher» à La Courneuve et «racailles» à Argenteuil quelques mois plus tôt, il demande l’expulsion des étrangers qui ont participé aux violences. Jacques Chirac propose l’instauration du service civil volontaire, sorte de volontariat associatif rétribué. Après trois semaines de tensions, 4.900 véhicules incendiés et 2.900 interpellations, le calme revient.
Cet épisode aura remis au premier plan les problématiques des banlieues. Pour les familles des victimes, une seule chose compte: obtenir un procès.
Vendredi dernier, les juges de Bobigny ont exaucé leur voeux: les deux policiers qui ont poursuivi Zyed et Bouna sont renvoyés devant le tribunalcorrectionnel pour «non-assistance à personne en danger». Mais, hier, le parquet a fait appel de cette décision.