«On est loin, en France aujourd'hui, d'une atmosphère révolutionnaire»

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Publié le 26 octobre 2010.

INTERVIEW - Michel Pinçon, auteur avec Monique Pinçon-Charlot du «Président des riches», a enquêté sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy...

Sociologues, anciens directeurs de recherche au CNRS, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot viennent de publier Le Président des Riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy (Ed. La Découverte). Ils sont égalements auteurs de Grandes Fortunes. Dynasties familiales et formes de richesse en France (Ed. Payot) et des Ghettos du Gotha (Ed. Seuil). Interview

Dans votre dernier ouvrage, Le président des riches, vous écrivez «derrière la façade d’un pouvoir démocratique se dessine ainsi le tableau inquiétant d’un tout autre régime: une oligarchie, un gouvernement de riches pour les riches», qu’est-ce qui vous permet de dire cela?
Toute une série de faits survenus depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 ont écorné l’image même de la présidence de la République. Par le langage non châtié qu’il a utilisé parfois publiquement («casse-toi pauv’ con»), ses promesses non tenues, ses discours contradictoires faisant la promotion de la France qui se «lève tôt» alors qu’il met en place le bouclier fiscal qui profitent essentiellement aux hauts revenus, ont  contribué à construire une image de président des riches, alors qu’il est censé incarner l’unité de la nation. Symboliquement, il ne recule devant rien: il fête sa victoire au Fouquet’s, sur les Champs Elysées, il annonce qu’il va se retirer dans un monastère pour réfléchir, mais, en fait, il séjourne sur le yacht de Bolloré.

L’affaire Bettencourt peut-elle être le coup de grâce porté à cette oligarchie?
Cette affaire est une catastrophe pour la majorité. Il faut comprendre que l’UMP est un parti de réseaux. En faire partie nécessite de faire preuve d’une sociabilité sidérante : recevoir ou être reçus tous les soirs à dîner. C’est un véritable travail social, même si, paradoxalement, ce n’est pas vécu comme tel parce qu’ inculqué depuis l’enfance. Or, l’affaire Bettencourt fait apparaître d’un seul coup l’importance des réseaux entre le monde des affaires et l’UMP: les contacts entre Eric Woerth, le ministre du Travail et trésorier de l’UMP, et la famille Bettencourt, le statut de Patrice de Maistre, le trésorier de la famille, un héritier, qui a 34 mentions dans le Bottin mondain et, en plus, se révèle proche de l’UMP, etc.

Pourtant, Nicolas Sarkozy n’est pas forcément issu de ce monde-là…
Effectivement, il en est un peu extérieur, pourtant il en est un révélateur. Depuis son élection, les réseaux de l’UMP ne sont jamais apparus aussi nettement.

En juin dernier, Jean-François Copé s’inquiétait d’une «atmosphère malsaine de nuit du 4 août» en France, en référence à la nuit durant laquelle furent abolis les droits seigneuriaux, en 1789, qu’en pensez-vous ?
On est loin, en France, aujourd’hui d’une atmosphère révolutionnaire. En revanche, ce qu’il est intéressant de se rappeler c’est que durant la nuit du 4 août, en 1789, la noblesse s’est ralliée à l’abolition des privilèges, et, de fait, aujourd’hui une partie de la droite prend ses distances avec l’entourage du président. «Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner », a déclaré Warren Buffet, l’un des hommes les plus riches du monde. On va incontestablement vers une guerre de classes. Quelle forme cela prendra, c’est évidemment la question. Mais ce n’est pas un guerre à sens unique. A travers le monde, la révolte gronde. Récemment, les ouvriers du textile chinois, bengalais, mais aussi cambodgiens  se sont rebellés contre leurs conditions de travail et ce sont des mouvements qui peuvent prendre de l’ampleur et de la résonnance.

Propos recueillis par Armelle Le Goff
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