Des immeubles d'habitation de Clichy-sous-Bois, le 11 octobre 2010.
Des immeubles d'habitation de Clichy-sous-Bois, le 11 octobre 2010. - AFP PHOTO BERTRAND GUAY

Céline Blampain

Chômage, pauvreté, insécurité. Trente ans après sa naissance, la politique de la ville n'a pas tenu ses promesses. «Les leçons des émeutes de 2005, consécutives à la mort de deux ados à Clichy-sous-Bois, n'ont pas été tirées», affirme le chercheur Renaud Epstein.

Dans un rapport publié la semaine dernière, François Goulard, député UMP du Morbihan et François Pupponi, député PS du Val-d'Oise et maire de Sarcelles, dressent le bilan de la loi d'août 2003 sur la politique de la ville. Et le constat est «accablant»: «la pauvreté et le chômage demeurent dans les quartiers sensibles à des niveaux élevés, sans amélioration réelle par rapport au reste du pays».

Pas une priorité

Le retard scolaire de ces territoires n'a «toujours pas été comblé», et les écarts de pouvoir d'achat se sont même accrus. Impuissance de la République ou manque de volonté politique? «Le gouvernement n'en a pas fait une priorité», regrette Emmanuel Heyraud, spécialiste de la politique de la ville.

Depuis 2003, il s'est surtout attaché à rénover l'urbanisme: 500 quartiers étaient en cours de rénovation à la fin 2008. «Mais ça ne résout pas les autres problèmes», nuance Renaud Epstein.

Pourtant, chaque année, d'importants moyens financiers sont investis. 400 millions d'euros pour l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances, un milliard pour l'Agence nationale de rénovation urbaine. Mais pour François Goulard, «les dispositifs sont inefficaces car trop bureaucratiques. Ils sont plaqués uniformément sur des situations locales très différentes sans jamais de suivi réel».

Ghettoïsation

Du côté du cabinet de Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, on déplore «une mobilisation inégale des ministères». «Certains, comme le ministère de l'Intérieur, ignorent complètement la politique de la ville. Il manque une vision d'ensemble», confirme François Goulard.

Les parlementaires sont également critiques sur les internats d'excellence, «qui ne font qu'accroître les difficultés» en encourageant les meilleurs élèves à quitter les quartiers. Pour le sociologue Hervé Marchal, «environ 300 quartiers s'enfoncent dans la ghettoïsation. On est en train de créer des espaces où les habitants n'ont plus rien à perdre.»

Zones prioritaires

ZUS: depuis 1996, il y a en France 751 zones urbaines sensibles. Elles désignent des quartiers prioritaires, souvent constitués de grands ensembles des années 1950 à 1970 d'habitat collectif et social. les habitants y souffrent davantage du chômage et de l'exclusion que la moyenne.

Parmi les ZUS, on compte 416 zones de redynamisation urbaine (ZRU). Et au sein de ces ZRU, ont été créées 44 zones franches urbaines (ZFU). Elles bénéficient d'exonérations d'imposition et de versement des charges sociales pour favoriser l'emploi.