Sihem Souid qui a écrit "Omerta dans la police", en octobre 2010. 
Sihem Souid qui a écrit "Omerta dans la police", en octobre 2010.  - © tRioL/le joujou rouge

Scène d’ouverture frappante pour livre choc. Dès les premières pages de son témoignage, Sihem Souid, policière, raconte son propre viol. Après avoir franchi la porte d’un commissariat pour porter plainte, elle se bute à l’attitude de ses collègues, méprisants. «Tu n’as qu’à appeler SOS journaliste», lui balance une lieutenant  avant de servir un café à son agresseur.

Sihem Souid est un peu trop connue chez les bleus. A plusieurs reprises avant de se faire agresser, elle a osé briser «L’omerta dans la police», le titre de son livre (Ed du Cherche Midi).  En uniforme «par vocation», elle a dénoncé les dysfonctionnements, comme l’on dit poliment. «Je me suis battu en interne. On m’a fait croire que l’on  m’avait entendu mais rien n’a changé», explique-t-elle.

Ecœurée, elle a donc décidé d’écrire. Au long des 265 pages, elle raconte le quotidien de la police aux frontières d’Orly. Racisme à l’encontre des passagers («Tiens, encore un avion de nègres» ), humiliation lors des contrôles d’immigration (une femme venant de Brazzaville filmée nue dans une cellule), homophobie, silence de la hiérarchie et corruption du grand patron… Un document accusateur. «Je détiens toutes les preuves et je les tiens  à disposition de quiconque», explique l’ex-adjointe de sécurité, suspendue puis réintégrée grâce à la Halde. Interrogés sur son livre, les syndicats de policiers se disent «prudents»,  l’ancien directeur de la PAF, accusé dans le livre d’être couverts de cadeaux par les compagnies aériennes, réfléchit à porter plainte. Interview. 

Vos accusations sont très graves. Craignez-vous pour votre carrière?

Je ne connais pas mon avenir dans la police. Ils peuvent m'accuser de violation du secret professionnel. Mais je détiens toutes les preuves et je les tiens à disposition de quiconque. Le JT de France 3, vendredi, a par exemple retrouvé la  femme venant du Congo contrôlée de façon abusive à Orly.  Elle leur a répété tout ce que je raconte dans le livre. Qu’on l’avait filmée toute nue, qu’on avait chanté sale nègre devant elle... Si ce  livre permet d’aider les victimes, c’est déjà un combat de gagné. 

A Orly, peu à peu, c’est vous qui êtes devenue victime de discrimination.

Au début, ça allait. Quand un policier disait:  «Tiens voilà encore un avion de bougnoules.» Je lui répondais: «Eh, ho, ça va, je suis là…» «Oui mais toi tu n’es pas comme les autres», me souriait-il. En fait, je suis devenue l’Arabe de service le jour où j’ai témoigné par écrit pour dénoncer la discrimination que subissaient deux collègues homosexuelles.  A  partir de ce moment-là, l’institution m’a fait comprendre qu’on  lavait son linge sale en famille. Et je suis devenue une traître doublée d’une sale Arabe. 

La pression du chiffre peut-elle favoriser de tels débordements?

Oui, c’est une des raisons mais pas la seule. Parfois, les collègues n’en peuvent plus et ils font n’importe quoi.  «Aujourd’hui, on en expulse 5, demain 6, après-demain 7.» Il faut en permanence rajouter  un bâton à la liste, quitte à bafouer la dignité de l’homme.  Mais ce n’est pas la seule raison. Le racisme est bien ancré dans la police.

Un policier doit-il être plus exemplaire qu'un autre?

Oui. La police doit véhiculer les valeurs de la République. A tous les niveaux. Mais même si Monsieur Hortefeux plaisantait à propos des Auvergnats , il n’a pas droit de tenir de tels propos. Ca libère la parole de certains. «Si le ministre le dit, on ne va pas nous embêter pour si peu», se disent certains. Comment voulez-vous qu’un policier soit exemplaire si son ministre ne l’est pas. Et comment voulez-vous qu’un citoyen soit exemplaire si un policier ne l’est pas?

Pourquoi la hiérarchie reste-t-elle silencieuse?

La hiérarchie est au courant mais  ils n’interviennent pas parce que ça donnerait une très mauvaise image de la Police. Et quand le ministère de l’intérieur est au courant, que fait-il ? Et bien il s’en prend à la hiérarchie. Alors, nos chefs n’ont aucun intérêt à parler.

Comment pourrait-on améliorer les choses?

Je demande qu’un comité d’éthique soit créé.  Un comité sans policier, sans membre nommé par le gouvernement, mais constitué de juristes avec par exemple un juge de Cour de Cassation à sa tête.

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