Un souffle parcourt la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Jérôme Kerviel se tient debout face au président Dominique Pauthe, stoïque, sonné tel un boxeur à l’approche d’un K.O. «Jérôme Kerviel a été l’unique concepteur, initiateur et réalisateur du système de fraude ayant provoqué les dommages causés» à la Société générale, en conséquence, la banque «est en droit d’obtenir l’intégralité de la réparation du préjudice», lit distinctement, d’une voix neutre, le magistrat.
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L’ex-trader vient d’être condamné à payer 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts à la Socgen, une somme astronomique jamais réclamée à un particulier, et à une peine de cinq ans de prison, dont trois ferme. Il est reconnu coupable de faux et usage de faux, abus de confiance et introduction frauduleuse de données dans un système automatisé. Toujours impassible, l'ex-trader se tord sur sa chaise, semblant écouter distraitement la lecture du jugement, après trois mois de délibéré.
Jérôme Kerviel a «outrepassé le cadre de son mandat», pris «des positions spéculatives dans des proportions gigantesques» et les a masquées «sciemment» par des opérations fictives, relève le président quand l’ancien salarié de la banque a toujours assuré que sa hiérarchie «savait» voire «encourageait» ses actes. Les avocats de la banque, partie civile, cachent à peine leur satisfaction. Logique, le président Pauthe suit pas à pas leur exposé, délivré dans la même salle, au terme de trois semaines d'audiences au mois de juin.
Sans concession, Dominique Pauthe fait exploser la défense adoptée lors du procès par Jérôme Kerviel, «qui a rejeté ses responsabilités sur la banque», qui s’est «livré à un renversement des rôles en se positionnant en victime d’un système dont il se dit créature», taclant «une campagne de communication» qui a pris «à témoin l’opinion». A l’issue du jugement, une partie de la salle se vide, suivant les avocats de la banque qui, à l'extérieur de la salle font part de leur satisfaction aux journalistes, celle de voir dans ce jugement, à l'instar de Jean Veil «une espèce de réparation morale» pour la Société Générale qui est «totalement disculpée des fautes volontaires» imputées par la défense du trader. Dans la salle, Jérôme Kerviel reste affaissé sur sa chaise, accablé par les paroles du président. Encadré par quelques gendarmes qui tiennent à l'écart des journalistes, il discute à voix basse avec ses deux avocats. Puis, seul, pianote sur son téléphone portable.
Son conseil, Olivier Metzner, parlera pour lui. Assailli par une nuée de caméras, il annonce qu’il fait appel d’une décision «déraisonnable» et «inacceptable» tandis qu’à quelques pas, les avocats de la banque, le sourire modeste, regardent la scène. «C'est exactement ce qui était prévu dans ce cas de figure, explique à 20minutes.fr Jean Reinhart, autre avocat de la banque. «Jérôme Kerviel a choisi un système de défense qui l'a mis dans une position telle qu'il écope de cette peine aujourd'hui. Sa défense, visiblement, n'a pas convaincu», se délecte-t-il. Kerviel, lui, ne dira pas son sentiment. Il s'est engouffré dans une voiture à la sortie du Palais de justice, sans un mot. A l’image de son attitude durant le procès.
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