Le constat est sans appel. Le nombre de filles mineures mises en cause par la police et la gendarmerie pour violences aux personnes augmente chaque année dans des proportions importantes, supérieures à celles des garçons, d’après une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et de l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ).
Entre 1996 et 2009, la hausse du nombre de mineures mises en cause a été «régulière», de + 6,8% par an. Entre 2004 et 2009, les filles «mineures sont majoritairement impliquées pour des atteintes aux biens» et il y a une hausse de 80% de leur mise en cause dans des faits de violences et menaces (hors les vols), selon l'ONDRP. Cette augmentation de la délinquance des adolescentes est «particulièrement forte en région parisienne et en zone sensible, surtout pour les bandes», précise Christophe Soullez, le directeur de l’ONDRP. Sur la même période, le nombre des adolescentes mises en cause pour des violences physiques non crapuleuses (comme les coups et blessures volontaires) a doublé. Quant aux vols avec violences un mineur mis en cause sur dix est une fille.
Selon l'ONDRP, ces chiffres sont significatifs du «rythme élevé d'augmentation» des mineures mises en cause dans la délinquance: en 2004, elles étaient mises en cause dans 4.200 atteintes aux personnes et cinq ans plus tard, le chiffre est passé à 7.500, soit une augmentation de 83,7%.
«Le gros des violences physiques et à main armée reste le fait des garçons», insiste le sociologue Sebastian Roché, ajoutant toutefois qu’il «ne serait pas illogique que la délinquance des filles progresse» puisque «la frontière entre les genres est moins imperméable, l'égalisation des conditions et des styles de vie adolescents pouvant aider les filles à faire "comme les garçons" car s'identifiant à leurs modèles de rôle».
Le sociologue tempère toutefois ces chiffres et appelle à la prudence, se demandant si la hausse s'explique par «une plus grande attention donnée par la police à une délinquance qui attire l'attention politique, à une tendance de fond, ou à une combinaison des deux».