Alerte à la bombe: comment des coups de fils anonymes peuvent encore être anonymes

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Publié le 29 septembre 2010.

MENACES - Malgré les moyens d'investigation les plus récents, «quand on est anonyme, on reste anonyme»...

La Tour Eiffel a été évacuée mardi, pour la deuxième fois en 15 jours, à la suite d’une alerte à la bombe. Avant ça, la gare Saint-Lazare et la station RER Saint-Michel avait également été ciblée. A chaque fois, c’est un appel anonyme qui a été passé pour prévenir de la menace. Avec les moyens d’investigations actuels, comment est-il encore possible de rester anonyme quand on passe ce genre de coup de fil?

On identifie le téléphone, pas celui qui le tient

«Tout est possible techniquement» en ce qui concerne le traçage des appels, note en effet Louis Caprioli, conseiller du groupe Geos et ancien responsable de la DST. Oubliées, les scènes de film dans lesquelles un policier demande à un interlocuteur de faire parler un corbeau pour le localiser, aujourd’hui il est possible de remonter jusqu’à la source d’un appel a posteriori.

«Un téléphone portable peut être identifié grâce aux bornes-relais», véritables mines d’informations indique Louis Caprioli. Mais identifier un téléphone portable ne signifie pas identifier l’auteur de l’appel. «Si on utilise un portable avec une carte prépayée, et qu’on s’en débarrasse ensuite, impossible d’être repéré», explique Jean-Jacques Cécile, ancien membre des services de renseignement militaire.

Les images vidéos, «un réflexe quasi-pavlovien»

«Quand on est anonyme, on reste anonyme», résume Louis Caprioli. Mais mardi, c’est d’une cabine téléphonique que l’appel a été passé, celle-ci a même été localisée. «Dans ce cas on peut toujours relever les empreintes digitales», estiment les 2 experts. Mais sur le combiné d’une cabine publique, les empreintes foisonnent. Difficile donc d’en tirer quoi que ce soit.

Reste la possibilité que l’auteur de l’appel ait été filmé par une caméra de vidéosurveillance. «C’est un réflexe quasi-pavlovien dans les enquêtes», confirme Frédéric Dupuch, directeur de l’institut national de la police scientifique. Mais selon lui, la France n’est pas encore au niveau de la Grande-Bretagne dans ce domaine. D’où une carence «à la fois quantitative et qualitative» au niveau des images.

Pas de base de données des visages

Cependant, les caméras des commerçants peuvent être utilisées. La police scientifique, grâce à ses logiciels, peut les rendre «moins floues, plus exploitables», indique Frédéric Dupuch. «Nous tâchons d’obtenir les images les plus correctes possible avant de les renvoyer aux enquêteurs», explique-t-il, tout en précisant que ses services ne disposent pas de base de données.

«Les enquêteurs comparent les images avec leurs fichiers», raconte Frédéric Dupuch. Sans garantie de retrouver l’auteur de l’appel. «Si c’est un inconnu, c’est raté», explique Jean-Jacques Cécile. Et si ce n’est pas le cas, il est facile de modifier son apparence et de se rendre impossible à identifier. Alerte à la bombe ou corbeau, les experts sont unanimes: de nombreuses enquête de police n’aboutissent jamais.

Julien Ménielle

Ouvrages

Frédéric Dupuch a publié Nos experts aux éditions Michel Lafon.

Jean-Jacques Cécile a publié Pirates en eaux somaliennes aux éditions Nouveau Monde.

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