La rue pourra-t-elle changer le cours de la réforme des retraites? C’est en tout cas ce qu’espèrent les organisations syndicales qui ont appelé à la mobilisation jeudi, avant l’examen du texte au Sénat début octobre. Seulement, après l’adoption de la loi à l’Assemblée nationale le 15 septembre, les syndicats se montrent prudents quant à l’ampleur qu’auront les manifestations. Et donc à l’impact que ces dernières peuvent avoir sur la réforme.
«On a confiance sur le nombre de manifestants», affirme Frédérique Dupont, membre du bureau national de la CGT, sans toutefois avancer de chiffre, soulignant qu’«il n’y a pas de boule de cristal en la matière». Mais après plusieurs journées de mobilisation, en juin et en septembre, «nous sommes dans un mouvement durable et on sait que ça pèse sur les salariés en terme de pouvoir d’achat», poursuit-elle. Même prudence du côté de la CFDT qui préfère souligner qu’«autant de rassemblements sont prévus en France que pour la journée du 7 septembre, soit 220».
«Tout n’est pas plié»
«Le gouvernement ne s’impressionne pas tellement des manifestations», se désole de son côté Didier Hotte, assistant du secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly. Le syndicat prévoit malgré tout «un succès de la mobilisation» et «table sur 3 millions de manifestants.»
Les organisations veulent cependant croire que quelle que soit l’ampleur des manifestations, elles peuvent encore influer sur la réforme. «Les débats qui se poursuivent - jusque dans la majorité - ont montré que tout n’était pas plié», affirme Laurence Laigo, secrétaire nationale de la CFDT, «on peut encore atténuer le projet».
«Tant que le processus législatif n’est pas clos, il est toujours possible de faire changer les choses», affirme également Frédérique Dupont de la CGT, qui appelle à «de nouvelles négociations» car «les Français ne veulent pas d’un allongement de la durée de travail».
FO envisage même un retrait pur et simple du texte: «Il y a eu des précédents, comme le CPE», rappelle Didier Hotte qui souligne que son organisation «n’admettra jamais cette réforme».
Intersyndicale le lendemain des manifestations
Le gouvernement a toutefois d’ores et déjà exclu de revenir sur les dispositions clés de la réforme que sont le recul de l’âge légal à 62 ans et le départ à taux plein à 67 ans. Ces dernières «ne peuvent pas être modifiées», a réaffirmé mardi le ministre du Travail Eric Woerth sauf «à renoncer à payer les retraites dans les années qui viennent».
Devant les doutes sur l’ampleur des manifestations de jeudi, la prudence est de mise quant à la suite du mouvement. Toutes les organisations se rendront, le 24 septembre, à une réunion intersyndicale pour décider des actions futures. Mais comme «une majorité de salariés a déjà exprimé son désaccord dans les sondages, dans la rue, dans les grèves», c’est désormais au sommet de l’Etat d’apporter une réponse, selon Frédérique Dupont de la CGT. «Je ne vois pas ce que nous (les syndicats) pourrons faire de plus».