Acquittement requis pour le gendarme accusé d'avoir tué un gitan

JUSTICE L'avocat général estime qu'il «ne peut pas être pénalement condamné» pour ces faits...

J. M. avec AFP

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Les proches de Joseph, membre de la communauté des gens du voyage tué en 2008, à l'ouverture du procès du gendarme accusé de l'avoir tué, le 13 septembre 2010 à Draguignan.

Les proches de Joseph, membre de la communauté des gens du voyage tué en 2008, à l'ouverture du procès du gendarme accusé de l'avoir tué, le 13 septembre 2010 à Draguignan. — VALERY HACHE/AFP PHOTO

L'avocat général a requis l'acquittement ce jeudi, dans le procès du gendarme accusé d'avoir tué un jeune homme issu de la communauté du voyage, en 2008, au cours d'une garde à vue.

«On met les gendarmes dans des situations impossibles»

Le magistrat a conclu ses réquisitions devant la cour d'assises du Var en estimant que le gendarme «ne peut pas être pénalement condamné» pour les faits qui lui sont reprochés. «Il ne s'agit pas de délivrer un permis de tuer, mais de constater que (le gendarme) a agi conformément à ce qui lui a été enseigné. Il a agi dans le cadre légal, il n'a pas agi pour commettre une infraction pénale», a-t-il ajouté.

«Ce qui me paraît malsain, c'est qu'on autorise les gendarmes à faire usage de leurs armes, et qu'ensuite on leur reproche. On met les gendarmes dans des situations impossibles. Si on ne veut plus que les gendarmes fassent usage de leur arme, il faut avoir le courage politique de modifier le cadre légal et d'aligner leur statut sur celui des policiers», a poursuivi l'avocat général.

«Moins d'un quart de seconde pour prendre une décision»

L'ancien procureur Christian Girard, appelé à témoigner dans le procès du gendarme, avait estimé mardi que le militaire avait failli à sa mission. «Dans ce parcours pénal, d'autres magistrats n'ont pas eu la même lecture que M. Girard», a indiqué l'avocat général. Ce dernier s'est attaché à démontrer «la dangerosité de Joseph qui ne s'est pas arrêté aux sommations», sa détermination à s'enfuir, le risque qu'il représentait pour les témoins dans le dossier dans lequel il était impliqué.

Pour le magistrat, le gendarme a eu «moins d'un quart de seconde pour prendre une décision». Face à quelqu'un de dangereux, condamné à six reprises pour des vols aggravés, «il a agi pour mettre fin à une situation de crise». «Je n'arrive pas à comprendre, là on est en train de faire le procès de mon frère, pas celui du gendarme», a lancé Mauricette, la soeur de la victime. «Oui il a voulu le stopper, c'est sûr que mon frère n'ira plus jamais voler».

«A aucun moment je n'ai voulu tuer Joseph»

«Tout est fait dans ce procès pour que le gendarme Monchal soit acquitté», s'était indigné, plus tôt dans la journée l'avocat de la famille. «A aucun moment je n'ai voulu tuer Joseph», avait répété le gendarme au tribunal.

Placé en garde à vue en mai 2008 pour une affaire d'enlèvement et de séquestration, Joseph avait tenté de s'enfuir pendant une pause cigarette. Autorisé à fumer dans le couloir, le jeune homme, qui était menotté, avait sauté d'une fenêtre, d'une hauteur de 4,60 m. Le gendarme avait tiré à sept reprises, affirmant avoir voulu viser les jambes.

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