L’enquête réalisée par la Peep le montre bien. Le bizutage se généralise à des établissements jusque là peu concernés: les lycées. Sur les 250 cas de bizutage rapportés en 2009-2010, 44% auraient eu lieu entre leurs murs. Le père de Patrick*, 18 ans cette année, n’a appris qu’en juin que son fils avait été victime de bizutage. Il raconte ce qui l’a «traumatisé» et poussé à changer de filière en terminale.
«Ca a commencé en 2008 lorsque Patrick est entré en seconde, en section sportive à l’internat. C’est parti d’un bizutage que les plus vieux font subir à tout le monde. Sauf que, pour mon fils, ça a duré deux ans. La première année, il retrouvait toutes les semaines de la mousse à raser dans son lit, on lui piquait ses écouteurs. Ses camarades lui jetaient ses habits sous la douche ou par la fenêtre du 2ème étage. Après les entraînements, il est même arrivé que Patrick se retrouve tout nu dehors. Ou qu’on lui crache ou pisse dessus sous la douche. Comme il adorait le hand et qu’il ne voulait pas arrêter, il n’a rien dit.
Il a fini par craquer en juin 2010. Cette année, il reste dans le lycée mais a arrêté la section sportive. C’est un gâchis. En tant que parent, on se sent responsable de n’avoir pas fait le lien. Pourquoi lui? Il n’était pas isolé, même plutôt sociable, mais il arrivait d’un club de petit niveau et personne ne le connaissait.»
Cela peut aussi rester un bon souvenir...
Pour autant, tous les bizutages ne dégénèrent pas ainsi. Et le Comité national contre le bizutage tient à le rappeler: «Nous ne sommes pas contre les week-ends d’intégration qui se passent bien». Etudiante en deuxième année à Sup de Pub Bordeaux, Clémence se rappelle de son bizutage en 2009. Malgré les activités, elle en garde un très bon souvenir.
«C’est les élèves de deuxième année qui ont organisé notre week-end. Ils avaient réservé un camping avec des mobil-home. A la sortie du bus, ils nous ont balancé des œufs. Puis nous avons été obligés de prendre un verre cul sec, avant d’aller poser nos affaires. C’était plutôt soft comparé à d’autres écoles où ils ont fait manger de la pâtée pour chat aux nouveaux. Nous, on a joué à la balle aux prisonniers: les perdants se prenaient une assiette de soupe de poisson, farine et chantilly sur le visage. Au bout d’un moment c’était crade mais j’en garde un bon souvenir. Ils nous avaient prévenus: nous devions apporter des vêtements de rechange. Ils nous avaient dit que nous serions sales. A la fin des jeux, ils nous ont laissés deux heures pour nous doucher et nous changer pour la soirée.
Je comprends qu’il y ait des gens que cela dérange. Mais là, c’était vraiment fait pour s’amuser. Selon moi, la limite c’est lorsqu’on humilie les gens en public. Là, on était entre nous et c’était pour tout le monde pareil. Cela nous a donné l’occasion de nous connaître.»
*Le prénom est un prénom d'emprunt