Elisabeth Guigou: «Cela va créer une nationalité à deux vitesses»

Publié le 5 septembre 2010.

INTERVIEW - La député de Seine-Saint-Denis et ancienne Gardes des Sceaux réagit aux propositions concernant la déchéance de la nationalité...

Comprenez-vous la volonté du gouvernement d’élargir les motifs de déchéance de la nationalité?

C’est parfaitement inopportun. Le Code civil comporte déjà quatre motifs en parfaite conformité avec le droit européen. Aujourd’hui, le gouvernement veut ajouter le cas des auteurs de violence à l’encontre des forces de l’ordre. Mais ces crimes sont déjà punis de lourdes peines. Cette nouvelle disposition va créer une nationalité à deux vitesses.

C’est-à-dire?

En créant une distinction entre les Français de souche et les Français d’origine étrangère qui pourraient être déchus de leur nationalité. Je ne peux pas le concevoir. Pour moi, il doit y avoir des Français tout simplement.

Sur le même sujet, que pensez-vous du débat sur la polygamie?

Je déteste la polygamie. Mais nous avons déjà les moyens de la réprimer. L’arsenal juridique est suffisant pour la combattre. Le gouvernement ne vise qu’à faire un amalgame entre délinquance et immigration.

En tant qu’ancienne ministre de la Justice, pensez-vous que ce projet sera constitutionnel?

Non, je pense que ce sera anticonstitutionnel. Tout ça n’a aucun sens. Le gouvernement crée des tensions entre les Français. C’est irresponsable.

De quel œil voyez-vous la politique sécuritaire du gouvernement?

La délinquance est insupportable. Mais les premières victimes ne sont autres que les habitants de nos quartiers populaires. Je suis députée de Seine-Saint-Denis et nous n’avons plus de patrouilles de policiers. On a quatre fois moins de policiers qu’à Paris. Est-ce-normal?

François Fillon estime que le PS manque de crédibilité sur la question sécuritaire. Est-ce si difficile pour les socialistes d’avoir une position claire sur ce sujet?

Le problème est complexe. On ne peut pas le régler de façon lapidaire, de façon manichéenne. Je pense qu’il faut d’abord redonner toute sa place à la prévention. Ensuite, il faut faire de la dissuasion. Enfin que la sanction soit efficace. Et surtout immédiate. Quand on rappelle au commissariat un jeune six mois après les faits commis, comment voulez-vous qu’il comprenne? Pour tout ça, il faut dégager des moyens humains.

Propos recueillis par Vincent Vantighem
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