Sécurité routière: les arbres au bord des routes sont-ils dangereux?

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Publié le 2 septembre 2010.

TRANSPORTS - En Grande-Bretagne, les autorités pensent qu'au contraire, ils obligent les automobilistes à réduire leur vitesse...

Faut-il couper les arbres au bord des routes? C’est un vieux marronnier de la sécurité routière et la réponse a été positive en France ces dix dernières années. Raisons invoquées: les arbres sont accidentogènes. Chez nos voisins britanniques en revanche, les «French style avenues» pourraient revenir à la mode, a rapporté le Figaro mercredi.

Une réduction de 3 à 5 km/h

Une expérience menée ces derniers mois dans le comté de Norfolk (est de l’Angleterre) a démontré qu’avec l’aide d’un effet d’optique, des arbres plantés le long des routes donnent l’impression aux conducteurs qu’ils roulent trop vite, d’où une tendance à ralentir de 3 à 5 km/h. Outre la plantation de plus de 200 arbres, les autorités du comté, qui espéraient une réduction des accidents de l’ordre de 20%, ont fait en sorte de les placer de plus en plus proches les uns des autres à l’entrée des villages, la sensation de vitesse étant plus importante dans cette configuration.

En France, où l’on compte au moins un million d’arbres au bord des routes, le mot d’ordre de la fin des années 1990 à 2006 a été de les abattre. «En dehors des tempêtes, on n'a jamais vu d'arbres traverser les routes. Ils ne sont donc pas responsables des accidents qu'on leur impute parfois», convient-on à la Ligue contre les violences routières, mais les arbres trop proches des routes constituent avant tout un «danger» en cas de collision, pour les automobilistes et les motards.

11% de tués contre des arbres actuellement

Les arbres seraient responsables chaque année de la mort de près de 500 personnes, selon Jacques Robin, ancien ingénieur routier et membre de la Ligue contre la violence routière. Depuis les années 1970 et jusqu'en 2002, le pourcentage de tués contre des arbres était de l'ordre de 8,5% à 9%, contre 11% aujourd’hui, ajoute l’accidentologue, interrogé par l’AFP en avril dernier.

Jacques Robin suggère donc de planter les arbres à plus de quatre mètres de la chaussée, d'abattre ceux qui sont à moins de 2,50 mètres «quand ils ne présentent pas de beaux alignements» et d'installer systématiquement des glissières de sécurité quand les arbres sont particulièrement beaux et bien alignés.

«Ce qui est important aujourd’hui, c’est de réveiller l’automobiliste»

Ce n’est pas l’avis de l’association «Arbres et routes» qui estime qu’il s’agit simplement d’une question de comportement au volant. Et l’association de citer sur son site un texte de l’Académie des sciences morales et politiques: «Incriminer les arbres n'en demeure pas moins typique d'une certaine perception de la route en France, où ce sont plus souvent des éléments extérieurs que les comportements des conducteurs qui sont jugés responsables des méfaits».

Ce précepte a été finalement repris par les services de la Sécurité routière qui ont cessé leur politique d’abattage systématique. «Ce qui est important aujourd’hui, c’est de réveiller l’automobiliste», de l’amener à «adapter son comportement», explique au Figaro Pierre Skriabine, directeur d’études au Setra (Service d’études techniques des routes et autoroutes).

«Les radars sont beaucoup plus rentables et rapportent des revenus»

On ne va pas replanter d’arbres pour autant, la réflexion tend plutôt vers l’utilisation d’autres moyens techniques, tel que le marquage au sol. «L’effet stroboscopique que produisent les arbres en Angleterre a été obtenu à titre expérimental en France avec des bandes transversales sur le goudron. Tout comme l’effet de rétrécissement notamment à l’entrée des agglomérations qui incite l’automobiliste à ralentir alors même que la route est toujours aussi large», ajoute Pierre Skriabine.

De même, en Grande-Bretagne aussi, on n’est pas non plus entièrement convaincu d’une prochaine victoire de la solution écologique sur l’électronique. Interrogée par le 15 août dernier par le Daily Telegraph, Ellen Booth, de l’association britannique de sécurité routière Brake («Frein»), juge le projet «intéressant», mais «les radars sont beaucoup plus rentables et rapportent des revenus. Ils sont un moyen de dissuasion à tous les conducteurs plutôt qu'à quelques-uns».

Et vous, qu'en pensez-vous? Les arbres plantés au bord des routes sont-ils dangereux?

Corentin Chauvel
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