Eglise et Etat: les prêtres français de plus en plus interventionnistes?

Publié le 31 août 2010.

INTERVIEW - Ils montent au créneau sur la politique gouvernementale...

Eric Besson ne veut «pas de guerre» avec l’Eglise. Cette dernière pourtant se fait entendre récemment sur la polémique autour de la politique gouvernementale concernant notamment les Roms. Ainsi, l’évêque de Belfort-Montbéliard a annoncé ce mardi son intention de «s’opposer» aux décrets sur la déchéance de nationalité. Signe du retour d’une Eglise politisée en France? Les explications de Bernard Lecomte, auteur de Les secrets du Vatican (Perrin).

Comment sont définies les relations entre l’Eglise et l’Etat en France?
La loi de 1905 règle la séparation de l’Eglise et de l’Etat et a mis en place un modus vivendi, qui comporte certaines variations. Il y a une vraie acceptation de la séparation, mais attention, il ne faut pas prendre cela comme la mise en place de deux planètes différentes. Leurs relations se régulent, le dialogue s’organise.

Quand retrouve-t-on ces phases de dialogue?
Cela dépend des relations entre l’Eglise et l’Etat et de leurs représentants. En 1973, par exemple, quelques évêques, dont celui d’Orléans, s’étaient positionnés contre la politique nucléaire de la France. Ce qui leur avait valu un «Messieurs de la prêtrise, occupez-vous de vos oignons» de l’Amiral de Joybert. La question est de savoir jusqu’où les évêques s’occupent de leurs oignons. Si le sujet ne touche que la politique, les évêques s’abstiennent en général d’intervenir. Ils ne se prononcent par exemple jamais pour un candidat. Mais lors du referendum sur la constitution européenne, en 2005, les évêques avaient appelé à voter pour le oui. Ils avaient justifié que ce n’était pas de la politique, mais qu’ils considéraient que l’Europe était une valeur, sur le plan du passé ou du patrimoine.

L’Eglise française n’intervient donc que sur les débats autour des valeurs?
La limite de l’intervention de l’Eglise dans l’Etat est variable. Cela dépend également de la période, de l’atmosphère, il y a eu des hauts et des bas.

Alors pourquoi autant d’interventions ces derniers jours?
L’Eglise relève la tête. Elle sort d’une période où elle n’a pas assez parlé, y compris pour les catholiques pratiquants. Sur la question des Roms, le coeur du message évangélique est remis en cause. Il n’y a rien de plus sacré que la dignité de l’homme. C’est une exigence pour un catholique: on peut faire toutes les politiques du monde, à condition de respecter l’homme.

Le gouvernement doit-il craindre une rupture avec son électorat catholique?
On ne peut pas parler de rupture, mais il y a un malaise, qui risque de se poursuivre. En 2007, au premier tour, un catholique pratiquant sur deux avait voté pour Nicolas Sarkozy. Selon moi, on ne retrouvera pas ce pourcentage en 2012, lors du premier tour, car dans sa politique, trop de choses heurtent la conception des catholiques. Dans le bling-bling et le sécuritaire, on oublie l’homme. Mais on ne peut rien dire, ensuite, sur le second tour.

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Propos recueillis par Oriane Raffin
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