Entre les sapins et les remonte-pentes, les panneaux verts «point de rassemblement» ont fait leur apparition au pied du Mont-Blanc, cet été. Ils n'indiquent pas les départs de nouvelles randonnées mais bien les lieux de rendez-vous en cas d'évacuation massive de la vallée.
A 3.200 m d'altitude, sous le glacier de Tête Rousse, une poche de 65.000m3 d'eau menace de céder et d'engloutir 900 habitations de Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie).
Un précédent a fait 175 victimes
«La situation est éminemment sérieuse et grave, confie Jean-Marc Peillex, le maire. Si la sirène se met à hurler, les premiers chalets auront dix minutes pour évacuer ; les derniers trente.» En tout, 2.000 personnes sont installées sur le lit du torrent de boue qui se formerait alors. Le chemin est connu de tous. En 1892, la même poche avait cédé, tuant 175 personnes au passage.
«Aujourd'hui, il y a urgence à vidanger, confirme Christian Vincent, ingénieur au laboratoire de glaciologie de Grenoble en charge du dossier. L'eau refoule en surface du glacier. Ça veut dire qu'elle est sous pression…»
Acheminées par hélicoptère, trois pompes doivent donc être actionnées ce matin. L'opération pourrait prendre un mois. Elle est estimée à 2,5 millions d'euros. «Mais on ne badine pas avec les vies humaines», tranche le maire. Même si la saison touristique en pâtit. «C'est vrai, on a eu quelques annulations cet été», poursuit-il.
Originaire de Lille, Olivier, lui, a maintenu ses deux semaines de vacances sur place. «Une nuit, j'ai tout de même réveillé mon épouse, raconte-t-il. Je pensais avoir entendu la sirène. Heureusement, ce n'était qu'un radiateur qui sifflait.»