Après les violences de Saint-Aignan au milieu du mois de juillet et dans la logique de sa politique sécuritaire, le gouvernement a voulu frapper fort en mettant en place une vaste opération de démantèlement des camps occupés de manière illégale par des Roms ou des gens du voyage. D’après le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, il s’agissait de «sanctionner des comportements illégaux». 20minutes.fr fait le point sur la situation actuelle.
Où en sont les démantèlements de camps?
Ils vont bon train. Jeudi dernier, Brice Hortefeux a annoncé que plus de quarante camps illégaux de Roms avaient été démantelés en quinze jours. A l’issue de la réunion consacrée aux «comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms» le 28 juillet dernier, le gouvernement avait annoncé le démantèlement d'ici trois mois de la moitié des quelque 600 «camps ou squats» illégaux recensés en France. D’après l’Elysée, 200 d’entre eux seraient occupés par des Roms.
Pourquoi la situation est différente pour les gens du voyage et pour les Roms?
Parce qu’il s’agit de deux entités différentes. En effet, les gens du voyage, estimés à 400.000 en France, sont pour la plupart des forains ou des saisonniers, et sont à 95% de nationalité française. S’ils sont expulsés d’un campement illégal, ils sont invités à trouver un autre emplacement, «légal» cette fois-ci. C’est le cas par exemple des gens du voyage qui ont été expulsés d’Anglet (Pyrénées-Atlantiques) vendredi dernier et qui sont actuellement à la recherche d’un point de chute à Bordeaux. Plus sédentaires et pour la plupart de nationalité roumaine ou bulgare, les Roms, estimés à 15.000 en France, connaissent quant à eux de plus grandes difficultés à se reloger.
Où se trouvent les camps «légaux»?
La loi Besson de 1990, améliorée en 2000, a imposé aux communes de plus de 5.000 habitants de mettre à leur disposition des terrains aménagés pour installer roulottes, tentes et caravanes avec un accès à l’eau et à l’électricité. Pourtant, fin 2008, seules 42% des aires prévues avaient effectivement été créées et aucune sanction n’est prévue contre les communes n’en disposant pas encore. Autre problème, la loi Besson ne précise pas non plus la capacité d’accueil de ces aires qui peuvent parfois se révéler trop petites par rapport au nombre de caravanes.
Où vont les Roms?
Plusieurs cas de figure se présentent. A Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) ou Montreuil (Seine-Saint-Denis), les Roms évacués de camps illégaux la semaine dernière n’ont obtenu aucun relogement décent. A l’heure actuelle, les deux municipalités les hébergent dans un gymnase de leur commune. Toutefois, cette solution n’est que provisoire car, à Choisy-le-Roi, ce lieu dépend d’une école et devra être libéré à la fin du mois d’août, avant la rentrée des classes.
Cette accélération des expulsions «accentue l'errance et la précarité» des gens concernés, a déploré samedi Michèle Mézard, du collectif RomEurope. Certains, dans la région de Saint-Etienne, «se cachent désormais dans les bois», a-t-elle ajouté. «On expulse les gens, et après c'est: Débrouillez-vous!», a résumé le docteur Bernard Moriau, de Médecins du Monde.
S'ils décident de regagner leur pays d'origine, les Roms peuvent bénéficier de «l'aide au retour humanitaire», d'un montant de 300 euros par adulte et 100 euros par enfant. Pour éviter que les bénéficiaires ne reviennent et la perçoivent de nouveau, il est prévu un fichier biométrique à partir de septembre. Enfin, les Roms «qui auraient commis des atteintes à l'ordre public ou des fraudes» se voient eux notifier une OQTF (obligation de quitter le territoire français) d’un délai d’un mois.