Journée des gauchers: «Les préjugés sur les gauchers se sont inversés»

SOCIETE – Mais tenir une paire de ciseaux, c'est toujours aussi compliqué...

Maud Pierron

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SAUL LOEB/AFP

Cet article, publié pour la première fois le 13 août 2010 est republié le 13 août 2013.

Ce 13 août, c’est la journée internationale des gauchers. Une fête est même organisée en leur honneur à Brive-la-Gaillarde. Vous avez tous un gaucher - au moins - dans votre entourage à qui faire sa fête.  S’ils subissent encore tous les jours de vivre dans un monde fait pour et par les droitiers, heureusement pour eux, ils sont aujourd’hui moins persécutés qu’avant. 20 Minutes a demandé à Pierre-Michel Bertrand, historien et auteur du Dictionnaire des gauchers de nous aider à nous mettre dans la peau d’un gaucher.

Un gaucher, c’est quoi?
A question simple, réponse simple: se dit d’une personne «qui se sert de sa main gauche pour effectuer certaines activités  en particulier l’écriture», d’après le Petit Robert. En fait, c’est plus compliqué que ça, nous apprend Pierre-Michel Bertrand. «Il y a différents niveaux, différentes nuances», dit-il. On peut être gaucher intégral mais aussi que des mains mais pas des pieds. Et vice versa. «Il y a aussi des gaucher de l’œil ou de l’ouïe». Différents stades de «gauchitude» qui «explique les disparités dans les statistiques» et finalement la complexité pour en dresser. En France, on estime grosso modo que 13% des Français sont gauchers.

Ecriture, paires de ciseaux et outils: le cauchemar du gaucher
Evidemment, ça ne se fait plus de nos jours. Mais jusque dans les années 50-60 (voire un peu plus tard selon les régions), les instituteurs forçaient les petites gauchers à tenir leur stylo de la main droite. C’est ce qu’on appelle les «gauchers contrariés». Il faut dire que pour un gaucher, écrire sur son cahier n’est pas une sinécure. «Ecrire de gauche à droite, c’est contre le mouvement naturel de la main gauche. Quand il écrit, non seulement il cache ses écrits mais en plus il fait des bavures puisque sa main passe dessus», explique l’historien. «Du coup on reproche à l’enfant gaucher d’être lent ou pas concentré, c’est juste que c’est plus compliqué pour lui», argumente-t-il.

Impossible ou presque d’utiliser un style plume, qui bave. On ne va pas en faire la liste mais les règles, les paires de ciseaux, les taille-crayons, tout ça, c’est fait pour les droitiers. Idem pour les portes (oui oui),  les ouvre-boites, les souris d’ordinateurs, les instruments de musique, etc. «C’est tout un tas de petits tracas qui accumulés peuvent devenir pénible», juge notre historien qui note que parfois, ça peut être dangereux. «Les outils tels que les scies circulaires sont faites pour droitier, c’est dangereux pour un gaucher pur de s’en servir».

Des préjugés en pagaille
Avant, les gauchers, c’étaient presque des roux. Ils étaient escortés des pires préjugés. «On leur imputait toutes les tares, le vice, la méchanceté, la lâcheté, le crime», rappelle Pierre-Michel Bertrand. Aujourd’hui, note-t-il, «les préjugés se sont inversés. Les gauchers sont devenus plus forts, plus intelligents, plus doués pour le sport ou les arts, dans les deux cas, c’est très exagéré».  Impossible de dater clairement depuis quand dure ces préjugés. «Dans la symbolique occidentale, la droite a toujours représenté la vertu et la gauche le vice», assure Pierre-Michel Bertrand. En latin, par exemple, le côté gauche se disait «sinister», qui depuis est devenu (notamment) sinistre. Et dans les religions, la gauche est aussi assimilée au mal.

Mais attention, contrairement aux légendes – «foutaises» - le gaucher n’a jamais été persécuté physiquement, notamment parce qu’il était «compliqué de les repérer». «Ça a commencé à se compliquer pour eux quand l’écriture s’est généralisée et notamment au 19e siècle avec l’école universelle, période où de nombreux écrits réactionnaires sur le sujet ont été publiés». Avec à la clé des colonies de gauchers contrariés, entraînant des «dommages importants comme le bégaiement ou l’énurésie (pipi au lit, ndlr)». D’après l’historien, ces préjugés ont commencé à être balayés au début du 20e siècle dans les pays anglo-saxons  - «toujours à la pointe pour la reconnaissance des droits individuels» et «après guerre» en France et dans les pays latins.   

Des avantages quand même?
«Etre soumis à tout un tas de contraintes et obstacles obligent les gauchers à developper des stratégies d’adaptation. Cela peut donner une certaine force de caractère, également. Il faut toujours en faire un peu plus qu’un droitier, donc ça peut devenir un atout», estime l’historien.  Evidemment, cela reste du domaine théorique. Plus scientifiquement, les sportifs gauchers peuvent être avantagés. D’abord parce qu’il est rare donc déroutant (cf le tennisman Rafael Nadal). Mais aussi parce que dans certains sports, «notamment le tennis ou l’escrime, le gaucher est avantagé». «La main gauche est en effet reliée directement à l’hémisphère droit», responsable du «processus comme la mémoire, le jugement, le raisonnement, de l'analyse des données sensitives et de l'initiation des activités motrices volontaires telles que la flexion musculaire volontaire», selon Doctissimo. «La transmission des informations est donc plus rapide». Ouf, c’est au moins ça que les droitiers n’auront pas.

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