Grosse déception pour les scientifiques et experts en addictologie. Les déclarations du Premier ministre François Fillon, publiées mercredi, ont calmé leurs ardeurs sur la question de l’expérimentation des salles de consommation de drogues. Cela invalide «les travaux et conclusions d’experts réunis par l’Inserm à la demande du ministère de la santé», dénonce Alain Morel, psychiatre et membre de l’association nationale des intervenants en toxicomanie et addictologie (Anitea). Pourtant, «ils montrent que ces salles de consommation fonctionnent» déplore le spécialiste.
Les salles de «shoot» ne devraient donc pas voir le jour tout de suite. «On pourrait en ouvrir une mais le gouvernement la ferait fermer rapidement», explique Jean-Pierre Couteron, président de l’Anitea.
Du côté des collectifs, si l’on refuse de «passer en force», personne ne doute du caractère «inéluctable» de ce projet. «On va en reparler», assure Alain Morel. «Tout ne va pas s’arrêter parce que François Fillon a fait ces déclarations. Plusieurs élus locaux et parlementaires sont demandeurs de réflexion et d’aides concernant des projets concrets». Et la récente déclaration de Gérard Larcher en a conforté plus d’un dans ce sens.
Pour Alain Morel, la mise en place de ces structures est un des passages obligés si l’on veut «relancer la politique» en matière de drogues. «Si on ne fait rien de nouveau, il ne faudra pas s’étonner de constater davantage de décès et de contaminations», prévient-il. Selon lui, le gouvernement a fait de ce problème de «santé publique», une question «d’idéologie morale». Un mélange des genres qui s’avère aujourd’hui contre-productif pour lui.