18 médailles récoltées à Barcelone, 5 017 tonnes de chipolatas englouties dans l’Hexagone: la France peut s’enorgueillir de deux belles performances athlétiques au mois de juillet. Si la saucisse lambda fait 17 centimètres et pèse 60 grammes, alors 84 millions de chipos ont trouvé preneur en cette première moitié des vacances. Une saucisse et demie par Français mangeur de porc, 14 215 kilomètres de cochonailles mis bout à bout. Jolie moyenne, même si chiffres de la merguez, reine métissée de l’été (bœuf et mouton), sont plus mystérieux. Reste une passion nationale jamais trahie pour cette magnifique invention : le barbecue.
Chaque été, les professionnels du secteur se frottent les mains, tachées de graisse. Côtelettes et sardines s’arrachent, ketchup et moutarde disparaissent des étalages. Quand il est vacances, l’homme civilisé retrouve ses instincts primaires. Il se regroupe en tribu et mange de la viande grillée. Le mâle surtout, qui adore passer une heure à lancer la cuisson. «Il aime bien titiller le feu, c’est dans sa nature», témoigne Henri Bordet, président du syndicat national du charbon de bois (100 000 tonnes consommées cette année). «Le barbecue, c’est son domaine, et ça repose madame.» Le cuistot macho a de beaux jours devant lui : malgré la percée des barbecues à gaz, les ventes de charbon ont bondi en 10 ans (30 000 tonnes de plus qu’en 2000).
Mais certains carnivores ont évolué. D’abord, ils se soucient de calories, et sollicitent les modèles à cuisson verticale, à la cuisson plus diététique. Et puis, en plus du saignant, ils veulent de la beauté. Depuis quelques années, de nouveaux appareils, plus ronds, plus colorés, ont donc poussé dans les arrière-cours. Les vieux modèles rouillés restent majoritaires, et les BBQ premiers prix vendus en grande surface (15 euros environ) sont les plus populaires. Mais l’idée fait son chemin : «le barbecue peut faire partie de l’aménagement du jardin. On y pense comme à un bel accessoire», présente Séverine Hoftyn, directrice marketing de Weber-Stephen, leader du barbecue haut de gamme à couvercle et roulettes, aux modèles rouge pétant ou bleu pastel. Voilà une bonne nouvelle : on peut être esthète et manger des brochettes.
On peut frimer, aussi, sans retenue aucune. Les barbecues américains, pour faire griller un cochon de lait entier, avoisinent parfois les 3000 euros. Moins cher, plus mélomane, un barbecue lecteur d’iPod est même sorti l’an dernier. Après ça, que demander de plus ? Du beau temps, simplement. «On est très dépendant de la météo», rappelle Henri Bordet. «Quand il pleut, on pleure.» Mais quand le soleil brille, les saucisses grillent.