Une nouvelle affaire de conflit d’intérêts est accolée au nom d’Eric Woerth. Le ministre du Travail serait intervenu favorablement pour régler la succession du sculpteur César, avec un bonus de 27 millions d’euros à la clé. Le ministre dément. Comme pour toutes les affaires dans lesquelles il a été cité. Rappel.
Les conditions d'embauche de Florence Woerth
«Je me suis trompé quand je l'ai engagée (...) J'avoue que quand je l'ai fait, son mari était ministre des Finances (du Budget, ndlr), il m'a demandé de le faire». Voilà ce qu'on a pu entendre de la bouche de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, sur les écoutes clandestines. Il évoquait l'embauche de Florence Woerth pour gérer la fortune de la milliardaire. Eric Woerth est alors accusé de conflit d'intérêts car le ministre du Budget avait un œil sur les déclarations fiscales de la femme la plus riche de France, tout en récoltant des dons de sa part pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy avec son autre casquette de trésorier de l’UMP. Au début de l'affaire, Eric Woerth démentait connaître Patrice de Maistre, avant d'être contredit par plusieurs éléments contenus dans des agendas. La brigade financière enquête sur un éventuel conflit d’intérêt et trafic d’influence.
La réponse d'Eric Woerth: «A aucun moment, il n'est intervenu pour que son épouse soit embauchée par Patrice de Maistre», a dit Maître Leborgne, son avocat, à l'issue de son audition fin juillet. «Il a admis avoir évoqué avec Patrice de Maistre, au cours d'une conversation banale, la profession de son épouse, étant donné les formations à peu près semblables de l'un et de l'autre. Cela se passait à un moment où il n'était pas ministre». «Ça fait 29 ans que Mme Woerth fait le métier qu'elle fait aujourd'hui et jamais M. Woerth ne s'est occupé de la carrière de sa femme», a également balayé l’avocat de Florence Woerth, Me Antoine Beauquier.
Soupçons de financement politique occulte
L'ex-comptable de Liliane Bettencourt affirme que 150.000 euros ont été remis en 2007 par ce même Patrice de Maistre à Eric Woerth, ministre du Budget et par ailleurs trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2006. Les deux hommes nient. Patrice de Maistre concède seulement avoir accédé aux vœux du couple Bettencourt qui souhaitait financer l'UMP légalement. Et qu'il a lui-même participé au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy. Il fait même partie de l'association Premier cercle, des donateurs privilégiés du parti majoritaire. Des éléments qui fragilisent la version du ministre selon laquelle il connaît à peine Patrice de Maistre.
La réponse d'Eric Woerth: «Il a, avec une vigueur et une énergie particulière, nié avoir reçu un quelconque financement politique qui eut été non conforme à la loi», toujours selon Me Leborgne. «C'est dans les termes de la loi et en fonction de ce que les règles de la République permettent que des financements ont été recueillis. Toutes autres allégations ne sont que des mensonges et des fantasmes», a ajouté l'avocat. Finalement, le ministre, qui assure n'avoir rien à se reprocher, a quitté ses fonctions de trésorier de l'UMP le 30 juillet.
Un traitement privilégié pour Liliane Bettencourt?
Florence Woerth est embauchée par Patrice de Maistre pour gérer la fortune de Liliane Bettencourt. Or, il apparaît selon les écoutes que la milliardaire possède deux comptes en Suisse et une île au montage juridique nébuleux. Une position délicate pour l'épouse du ministre du Budget (à l'époque), chargée, lui, de traquer la fraude fiscale. En clair, il est soupçonné d’avoir fermé les yeux sur les présumées fraudes. En plus de l’enquête préliminaire sur le conflit d’intérêts, la brigade financière instruit ce volet dans le cadre de l’enquête sur un soupçon de blanchiment de fraude fiscale.
La réponse d'Eric Woerth: L'avocat n'a pas évoqué ce pan de l'affaire, qui a été évacué, pour Eric Woerth, par le rapport de l’Inspection générale des Finances. Eric Woerth, «durant la période où il était ministre du budget, n'est pas intervenu auprès des services placés sous son autorité pour demander, empêcher ou orienter une décision ou un contrôle portant sur Liliane Bettencourt», l'héritière de L'Oréal, est-il dit dans le rapport, cité dans un communiqué du ministère.
Quand Eric Woerth remet la Légion d’honneur à Patrice de Maistre…
La justice s’intéresse également aux conditions qui ont amené Eric Woerth à décorer en juillet 2007 celui qui quelques mois plus tard embauchera son épouse, Florence, dans la société chargée de gérer le patrimoine de Liliane Bettencourt. La justice s’est fait remettre le dossier de proposition d’élever Patrice de Maistre au rang de Chevalier de la Légion d’honneur sur le contingent du ministère de l'Economie, des Finances et de l'Emploi, selon le Journal officiel. Là encore, il y a un soupçon de trafic d’influence.
La réponse d’Eric Woerth: Le cabinet d'Eric Woerth reconnaît que le ministre «a remis la décoration à Maistre, mais ne l'a pas proposée». L'idée en reviendrait à Jean-Louis Borloo, lors de son passage éclair à Bercy entre mai en juin 2007.
Les conditions de vente de l’hippodrome de Compiègne
Rien à voir avec l’affaire Bettencourt cette fois mais Le Canard Enchaîné accuse le ministre du Travail d’avoir «bradé» l’hippodrome de Compiègne, lorsqu’il était ministre du Budget, «à une association amie», la Société des Courses de Compiègne (Oise). Locataire jusque-là, la société s’est retrouvée propriétaire de l’hippodrome. «Cette transaction a été conclue de gré à gré sans enchère, ni appel d'offres», précise l’hebdomadaire satirique, qui assure que le président de la Société des Courses de Compiègne, Antoine Gilibert, est un «familier de Chantilly, de son hippodrome et de son maire Eric Woerth». Aucune enquête n’a été ouverte.
La réponse d’Eric Woerth: «Il y a eu des évaluations de la part des services des domaines et ce type de terrain, ça vaut ce que vaut son utilisation (…). Il n’y a évidemment pas de sous-estimation d’un bien, c’est juste pas constructible, c’est juste un terrain pour un hippodrome, c’est juste normal de faire ça», a-t-il argumenté. «Ça a été vendu dans le cadre d’une politique de vente immobilière des domaines de l’Etat que j’ai créée. (...) Des dossiers comme ça, on doit pouvoir en trouver 1.000, 1.200, 1.300, 1.500», a-t-il encore fait valoir. Plus prosaïquement, Bercy assure que la transaction s’est «déroulée de manière tout à fait légale et dans l’intérêt de l’Etat».