Pas de répit pour Eric Woerth, même s'il est officiellement en vacances pour trois semaines depuis mardi midi. Le ministre du Travail, au cœur de l’affaire Bettencourt, est accusé par Libération d’être intervenu lorsqu’il était à Bercy pour obtenir un dégrèvement fiscal de 27 millions d'euros sur la succession du sculpteur César.
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Le quotidien reproduit des extraits d'une lettre datée du 24 avril 2008 et signée du ministre qui, selon le journal, «démontre sans ambiguïté qu'Eric Woerth fait peser tout le poids de sa fonction pour obtenir un dégrèvement fiscal» sur cette succession. Et là encore, le spectre du conflit d’intérêts avec son ancienne fonction de trésorier de l’UMP réapparait: Eric Woerth est intervenu après des «pourparlers avec l'exécuteur testamentaire du sculpteur», Alain-Dominique Perrin, président de la Fondation Cartier pour l'art contemporain, et «comptant parmi les grands donateurs de l'UMP», selon Libération.
Le ministère du Travail a démenti. Eric Woerth, dans son ancienne fonction de ministre du Budget, est intervenu «dans le respect du droit fiscal», en autorisant un dégrèvement fiscal de 27 millions d'euros sur la succession du sculpteur César, assure un communiqué. «Dans ce dossier, souligne le communiqué du ministère, Eric Woerth a strictement suivi la proposition de l'administration fiscale, qui elle-même tirait les conséquences d'une décision de justice», insiste le texte. Même le socialiste Jack Lang a pris la défense du ministre, estimant que le ministre «était dans son rôle» en intervenant. «C'est un procès injuste à l'égard du ministre car il était dans son rôle. L'administration fiscale a un patron: il rend des arbitrages. Parfois l'application stricte du droit peut aboutir à des injustices. Les recours gracieux sont normaux», a expliqué l’ancien ministre de la Culture.
A la mi-journée, le ministère du Travail a publié un second communiqué pour préciser les faits, expliquant en substance que la lettre publiée par Libération et signée par le ministre est intervenue après que l'administration a constaté qu'il ne manquait pas 300 oeuvres mais 38 à la succession de César. «Dix-huit mois plus tard, l'administration fiscale (...) propose au ministre un projet de courrier réduisant les redressements pratiqués», calculés «non plus sur la base de 300 oeuvres supposées manquantes, mais sur la base des 38 oeuvres réellement manquantes». Du coup, le ministère accuse Libération qui cherche «par tous les moyens de déformer la vérité pour des considérations politiques et commerciales».
«La lettre communiquée par Libération est bidouillée, elle est tronquée. C'est un travail de faussaire» , a attaqué de son côté Alain-Dominique Perrin sur Europe 1. L'exécuteur testamentaire du sculpteur César, qui va rédiger un droit de réponse pour «rétablir la vérité que le journaliste a quand même bougrement malmenée». Attaqué, Libération a choisi de publier la lettre sur son site internet in extenso. «Nous maintenons intégralement nos informations», dit le journal. «Signer une lettre, c'est bien une intervention», ajoute le journaliste François Sergent.