Ingrid Betancourt: «Je me sens parfois coupable d'être vivante et libre alors que tant d'autres meurent dans l'oubli»

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Publié le 29 juillet 2010.

INTERVIEW - L'ex-otage franco-colombienne s'est confiée au «Parisien»...

Elle sort du silence. L'ancienne otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), Ingrid Betancourt, s'explique ce jeudi dans un entretien exclusif au Parisien. Elle revient notamment sur ce qui l'a motivé à réclamer à l'Etat colombien une indemnisation de près de 8 millions de dollars pour ses six ans et demi de captivité dans la jungle.

Ingrid Betancourt estime qu'«on a complètement caricaturé (s)a démarche». Soulignant qu'il s'agissait d'une action collective menée avec ses anciens compagnons de détention pour faire valoir «une sorte de juisprudence et aider d'autres personnes ensuite», elle assure qu'«il ne s'agissait pas d'une affaire de gros sous». «Cet argent n'était pas pour moi mais pour ma fondation», se défend-elle, expliquant qu'elle aurait «utilisé les fonds pour engager des programmes concrets, des projets pour les séquestrés».

Elle exclut tout retour en politique

L'ex-candidate à l'élection présidentielle colombienne répond également à ceux qui l'ont accusée d'avoir été imprudente avant son enlèvement. «Les hommes politiques précédents ont une part de responsabilité dans ce qui m'est arrivé», accuse-t-elle à son tour. Ingrid Betancourt exclut d'ailleurs de revenir à la politique.

Elle raconte aussi sa vie actuelle, ses difficultés à s'«ancrer quelque part», mais aussi sa «grande victoire» vis-à-vis de ses enfants, Lorenzo et Mélanie: «avoir réussi à reprendre [s]a place de mère». Elle parle aussi de son livre-témoignage Même le silence a une fin (qui doit paraître chez Gallimard, le 21 septembre), grâce auquel elle compte «rétablir (s)a vérité». «Ce n'est pas une réponse ni un règlement de comptes, c'est ce que je suis moi», précise-t-elle.

«Maintenant que nous sommes libres, il faut aller de l'avant»

Revenant sur la façon dont son ex-collaboratrice, Clara Rojas, enlevée en même temps qu'elle, l'a décrite, Ingrid Betancourt affirme que «les responsables de tout ce qui s'est passé sont les guérilleros des Farc». Elle explique qu'ils agissaient de façon à ce qu'il y ait «une désunion entre es prisonniers, pour éviter tout risque de révolte ou de fugue collective». Et de conclure: «Maintenant que nous sommes libres, il faut aller de l'avant».

«Convaincue que la médiatisation protège la vie des otages», la Franco-Colombienne dit aussi avoir été «profondément meurtrie» par le cas de Michel Germaneau, l'otage français retenu au Niger puis au Mali et assassiné. Et dit se sentir «parfois coupable d'être vivante et libre alors que tant d'autres meurent dans l'oubli».

Bérénice Dubuc
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