Frais supplémentaires illégaux, services publics payants, pratiques «à la limite de la loi»… le syndicat étudiant Unef a rendu public ce mercredi son rapport annuel sur les frais d’inscription dans les universités françaises, épinglant une vingtaine d’entre elles, coupables de s’enrichir sur le dos des étudiants.
Dans les détails, ce sont surtout les Instituts d'administration des entreprises (IAE), affiliés aux universités, qui affichent les tarifs «abusifs» les plus élevés, mais pas forcément illégaux. Selon l’Unef, ces «montants importants» marquent «la volonté politique (et l’argumentation qui l’accompagne) de faire payer aux étudiants le coût de formations considérées comme des filières d’excellence qui par conséquent ne devraient être accessibles qu’aux étudiants y contribuant financièrement».
Et ce n’est pas loin d’être en effet le discours tenu par les IAE. «Quand on regarde la qualité de notre formation, cela relativise le coût», se défend Pascal Louvet, directeur de l’IAE de Grenoble, joint par 20minutes.fr, pour qui «le débat sur les frais de scolarité n’est pas pertinent compte tenu du taux d’insertion professionnelle» des IAE.
L’établissement de Grenoble est lui pointé du doigt parce qu’il fait payer cher (de 150 à 950 euros) des contributions facultatives (coaching, services multimédia), mais que l’Unef estime «indispensables à la réussite des étudiants». Du côté de la direction, on met en avant l’aspect «facultatif» et le tarif «favorable» de ces services par rapport à ce qu’ils coûtent vraiment.
Du côté de Pau, où l’IAE figure en tête du palmarès de l’Unef, on est «très agacé» par cette médiatisation malsaine alors que l’établissement avait fait des efforts ces dernières années «pour que les frais illégaux soient supprimés». Cette fois, ce sont les montants des masters pour les étudiants étrangers (1.250 et 2.500 euros au lieu de 238,50 légalement) qui coincent.
«Ce sont des frais extraordinaires qui ne concernent qu’une poignée d’étudiants», se justifie à 20minutes.fr Jean Gourdou, vice-président de l’université de Pau. «Le rectorat ne nous a jamais mis en garde pour ce cadre particulier», ajoute-t-il.
A l’IAE de Bordeaux, ce sont les Diplômes universitaires (D.U.) complémentaires à des classes préparatoires aux concours nationaux de comptabilité et de gestion qui posent problèmes à l’Unef. Certes, ils ne sont «en rien obligatoires», explique à 20minutes.fr Serge Evraert, le directeur de l'établissement bordelais, mais le syndicat juge que leur contenu les rendent quasiment indispensables. Et leur montant (environ 900 euros) est trois fois plus élevé que celui des préparations.
«Le rapport de l'Unef contient de nombreuses inexactitudes», réplique Serge Evraert, qui précise que ces D.U. offrent «des services spécifiques qui n'enlèvent rien aux étudiants normaux», libres de s'inscrire ou non. D'une manière générale, «ce ne sont pas les D.U. qui nous font vivre, ce sont des compléments intéressants pour les étudiants», explique à 20minutes.fr Claire Delmas, responsable du développement et des relations extérieures de l'IAE de Bordeaux.
«Il faut arrêter de se révolter, un prix en soi, ça ne veut rien dire si la formation le vaut», ajoute-t-elle, appuyant elle aussi son discours avec les arguments de la professionnalisation, du taux d’insertion et de la recherche d’un niveau équivalent à celui des écoles de commerce.
Pour l’IAE d’Aix-en-Provence, c’est le même procédé qui est mis en accusation, mais là-bas, les tarifs des D.U. font frémir: de 3.700 à 5.990 euros. Contacté par 20minutes.fr, l’établissement aixois s’est contenté de répondre par un communiqué indiquant qu’il s’agissait «affirmations infondées» et refusant tout commentaire supplémentaire.