«La nuit, les hélicos m’empêchent de dormir. C’est fou, on se croirait en guerre.» Audrey, étudiante, habite à côté du quartier de la Villeneuve, à Grenoble, où des affrontements opposent police et jeunes chaque soir depuis la mort d’un malfaiteur présumé, vendredi.
Séquestration et viol à Echirolles, agression meurtrière en plein centre-ville, règlement de compte entre dealers... les faits-divers violents s’enchaînent dans l’agglomération Grenobloise depuis quelques mois.
«Nous sommes dans une situation paradoxale, souligne néanmoins Albert Dupuy, préfet de l’Isère. Les statistiques montrent depuis novembre une baisse objective des chiffres de la délinquance en Isère. Sauf que dans le même temps, depuis début 2010, on assiste à des faits d’extrême violence à un rythme soutenu.»
Le préfet précise que cette violence, à Grenoble, ne correspond pas à une «problématique de bandes tel qu’on la connaît en banlieue parisienne». «Il s’agit de petits groupes, qui se créent spontanément, et ça dégénère.» Dans le cas du braquage d’Uriage, l’auteur supposé des faits, âgé de 27 ans, était un braqueur multirécidiviste, ancien voleur de voiture, originaire du quartier sensible de la Villeneuve.
Pas question non plus d’imputer les violences à la mafia. «C’est une vieille histoire ça», explique le préfet. Pour Michel Destot, député-maire de Grenoble, «il n’y a aucun rapport avec les années 1950 ou 1970 [où la mafia était très présente] et aujourd’hui.»
Si la mafia existe encore à Grenoble, il n’y a plus les mêmes connexions avec l’Italie ou la Côte d’Azur. «Elle a évolué dans sa population et dans son fond de commerce, passant de la prostitution à la drogue, en caricaturant», explique Albert Dupuy. Quant à la violence, elle cherche plutôt à s’en éloigner: «Moins on parle d’eux, mieux ils se portent», tranche le préfet.
Quelle est la raison alors à cette flambée de violences? «Il y a une vraie difficulté à expliquer le phénomène», souligne le préfet. Pour Michel Destot, la source du problème réside dans un «mauvais traitement de la politique de sécurité». «En 2002, il y avait 720 policiers nationaux, aujourd’hui, il y en a 600», explique-t-il. Pour l’édile, on laisse ainsi, «faute de moyens, prospérer drogue et petite délinquance». «Une étincelle et ça embrase tout», conclut-il, réclamant un Grenelle de la sécurité.
Jean-Paul Borelly, secrétaire du syndicat de police Alliance en Rhône-Alpes-Auvergne, confirme que la délinquance et la criminalité «flambent» à Grenoble. «Le banditisme ne cesse de grandir à Grenoble et dans sa périphérie», note-t-il. S’il estime lui aussi qu’il «faut du renfort pour occuper le terrain», il constate une démission en matière d’éducation des individus, ainsi qu’un appât du gain croissant qui mène au banditisme. Deux critères qui expliquent, selon lui, cette flambée de violence.
«Il y a toute une problématique de quartier. Quelles que soient les actions des pouvoirs publics, beaucoup reste encore à faire, explique Albert Dupuy. La Villeneuve, initialement, c’était la modernité. Derrière les barres, il y a un des plus grands espaces verts de la ville. Initialement, il y avait une politique de mixité sociale. Mais avec la paupérisation des familles, celle-ci a diminué.»
Pas de psychose pour autant dans les rues de Grenoble, calmes en ce début d’été. «Il y a 8 jours, un jeune homme a été poignardé à Paris pour une cigarette. A Lyon, une bijouterie a été braquée. La violence ne touche pas particulièrement Grenoble», conclut Michel Destot.
«Hormis le lynchage du jeune pour une clope, les violences ont toutes un lien avec le banditisme (trafic, braquage...) et ne touchent pas directement le Grenoblois lambda. C'est préoccupant, mais pour autant je n'ai pas peur quand je vais en centre-ville le soir», confirme un habitant.
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