Stéphane Richard, le directeur général de France Télécom, l’avait annoncé il y a huit jours: il souhaitait «remettre l’humain au cœur» de son entreprise, endeuillée par une terrible série de 58 suicides d’employés depuis février 2008. Le premier geste est venu aujourd’hui: l’un des suicides a été reclassé en accident de travail. Par cette décision, les ayants droits du défunt bénéficieront d'une rente.
Le défunt, un Marseillais de 51 ans, avait mis fin à ses jours il y tout juste un an, le 14 juillet 2009. Dans une lettre, il expliquait: «je me suicide à cause de mon travail à France Télécom. C'est la seule cause.» Il évoquait notamment l'«urgence permanente», la «surcharge de travail», l'«absence de formation», la «désorganisation totale de l'entreprise» et le «management par la terreur». Le geste du fonctionnaire à Marseille n'était pas le premier, mais il avait mis sur le devant de la scène le malaise d'une partie des salariés. Les syndicats avaient notamment cité son cas pour dénoncer le management, les mobilités forcées et les restructurations dans le groupe qui emploie quelque 100.000 salariés, dont 65% de fonctionnaires.
Pour la première fois, France Télécom endosse donc la responsabilité du décès d’un de ses employés. Elle reconnaît qu’elle n’a pas pris conscience du danger auquel était exposé celui-ci, et qu’elle n’a pas pris les mesures nécessaires pour le préserver.
Stéphane Richard est à l’origine de cette décision, prise malgré les avis défavorables de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et d'une commission interne. «Stéphane Richard a décidé qu'en tant que dirigeant de ce groupe, il devait assumer un devoir d'assistance et de mémoire vis-à-vis des disparus, de leurs environnements familiaux et professionnels», a déclaré un porte-parole de France Télécom.