Liliane Bettencourt, l'héritière de L'Oréal, arrive à l'église Saint-Louis-en-l'Ile à Paris, le 6 juillet 2007.
Liliane Bettencourt, l'héritière de L'Oréal, arrive à l'église Saint-Louis-en-l'Ile à Paris, le 6 juillet 2007. - AFP PHOTO PATRICK KOVARIK

Maud Pierron

Après les révélations de Claire Thibout en début de semaine dans Mediapart, la justice a pris le relais. Et auditionne tous azimuts pour tenter de tirer l’histoire au clair, alors que les PV des auditions se retrouvent presque instantanément dans la presse. Vendredi matin, Le Nouvel Observateur a révélé que l’ex-secrétaire particulière d’André Bettencourt, dit «Dédé», «a confirmé» les affirmations de la comptable. Me Antoine Gillot, son avocat, précise au site que sa cliente, interrogée par la brigade financière, n’a jamais assisté à une remise d’argent, mais que tout le personnel était «au courant» de cette pratique. Une version confirmée par Pascal Bonnefoy, l’ex-majordome de Liliane Bettencourt, auteur des enregistrements pirates.

Peu après que cette information a été mise en ligne, lefigaro.fr faisait état du témoignage de la responsable des grands comptes de la BNP, Eva A., qui, elle, infirme les propos de l’ex-comptable. Cette dernière assurait avoir appelé Eva A. après que Patrice de Maistre lui a demandé de retirer 150.000 euros pour les donner à Eric Woerth et que la banquière le lui aurait déconseillé pour ne pas attirer l'attention de Tracfin, la cellule anti-blanchiment de Bercy. «Je n'ai jamais reçu cet appel téléphonique de madame Thibout (…) Je suis formelle», a-t-elle déclaré, selon le PV d’audition.  

Parole contre parole

Autre point contesté par la banquière: le fait qu’elle demande un dépassement de son accréditif (plafond pour retirer de l’argent). «Je n'ai jamais eu madame Thibout au téléphone pour une demande de dépassement du montant de l'accréditif, que ce soit en mars 2007 ou à une autre date». Et de préciser: «Il y a pu avoir, il y a quelques années, une demande ponctuelle dépassant de fait le montant de 50.000 euros hebdomadaires. Il s'agissait d'une demande exceptionnelle et toujours assujettie à un accord de l'agence Opéra, gestionnaire du compte.» Or, l’ex-comptable disait demander une dizaine de fois par an un dépassement de son accréditation. Patrice de Maistre, l’autre témoin-clé interrogé, a nié avoir jamais demandé un retrait d’argent pour financer la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007.

Lors de son audition jeudi, Claire Thibout avait non seulement confirmé que Patrice de Maistre lui avait demandé de retirer 150.000 euros du compte de Liliane Bettencourt – elle n’en avait retiré que 50.000 finalement – mais elle avait en plus ajouté que d’autres personnalités politiques ont bénéficié des largesses du couple, selon des PV diffusés par Le Monde.

«Elle en sait trop»

Cette large diffusion des PV est jugée «scandaleuse» par Me Antoine Gillot, l’avocat de la comptable et de la secrétaire particulière. Ceux-ci sont «choisis avec soin», a-t-il affirmé vendredi midi sur Europe 1, pour «discréditer» sa cliente, qui gêne car «elle en sait trop». «Qui les a transmis (les PV d’audition) si ce n’est le parquet de Nanterre ou le ministre de l’Intérieur?», a-t-il même accusé.

Vu que les témoins campent sur leurs positions, les enquêteurs devront appuyer leurs investigations sur les fameux carnets de comptes de la milliardaire. Pour peu qu’ils arrivent à comprendre toutes les annotations.