Injures racistes: 5.000 euros d'amende requis contre l'ex préfet

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Publié le 30 juin 2010.

JUSTICE - Le jugement sera rendu vendredi...

Une amende de 5.000 euros a été requise devant le tribunal correctionnel de Créteil contre l'ex-préfet Paul Girot de Langlade, jugé pour injures racistes lors d'un contrôle à l'aéroport d'Orly le 31 juillet 2009. Ce jour-là, le préfet chargé des Etats généraux de l'Outre-Mer pour la Réunion, s'était emporté: «On se croirait en Afrique ici!» Trois agents de Securitas, dont deux femmes noires, portent plainte.

«Grande gueule mais pas raciste»

«J'ai simplement voulu dire que c'était le bordel (...) Si le contrôle avait été rigoureux, j'aurais pu dire: "on se croirait à Singapour ou aux Etats-Unis"», déclare l'ancien haut fonctionnaire, qui nie avoir évoqué la couleur de peau des agents. Selon l'une d'elles, le prévenu aurait pourtant déclaré lors du contrôle qu'«il n'y avait que des Noirs ici». «Vous êtes préfet, vous devriez montrer l'exemple», lui lance-t-elle. Les images de vidéo-surveillance projetées à l'audience n'apportent rien de plus.

A la barre ou assis sur sa chaise, Paul Girot de Langlade trépigne, secoue la tête en signe de désapprobation et interrompt plaignants comme avocat. «J'ai peut-être une grande gueule (...) mais je ne suis pas raciste», lâche-t-il. «Je sais bien que vous avez été préfet mais laissez le président du tribunal présider», coupe le juge Philippe Michel, qui dirige les débats sans hausser le ton.

Ambiance tendue

L'ambiance dans le prétoire est pourtant orageuse. Conseil du préfet, Me Gilbert Collard accuse les avocats des associations parties civiles (Licra, Mrap et SOS Racisme) de ne pas «respecter les droits de la défense». Maîtrisant mal ses nerfs, l'ex préfet demande, lui, à l'avocate de la Licra ce qu'elle fait dans ce procès alors qu'«il n'y est pas question des Juifs».

Le représentant du ministère public Bernard Thouvenot tente de ramener le calme: la question n'est pas, selon lui, de savoir si Paul Girot de Langlade est raciste. «La loi ne sanctionne pas une opinion mais mais elle sanctionne son expression publique», rappelle-t-il. Selon lui, les propos du préfet sont bien «outrageants» et «méprisants» et reprennent une idée largement véhiculée et péjorative que «le seul fait d'être en Afrique constitue un désagrément».

Jugement vendredi

«La réserve est la moindre des choses qu'on peut attendre d'un haut fonctionnaire», ajoute-t-il, réclamant 5.000 euros d'amende. Me Collard entre alors en scène. L'ex-préfet «a dit une connerie mais ce n'était pas raciste», dit-il, fustigeant la «police de la pensée» et la «douane des mots». «On a cherché à le rendre raciste parce que quelqu'un avait besoin de se faire passer pour un anti-raciste de service», dit l'avocat, visant sans le nommer le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, qui avait suspendu le préfet pour cette affaire.

Fin août 2009, Paul Girot de Langlade avait accusé le ministre d'avoir« orchestré» cette affaire «pour se refaire à bon compte une virginité de parfait antiraciste» après son passage au ministère de l'Identité nationale. Pour ses derniers mots à la barre, l'ancien préfet finit pas concéder quelques «regrets». «Je suis désolé d'avoir vexé ces personnes». Le jugement sera rendu vendredi.

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Avec AFP
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