Qui pourrait être contre le train de mesures d’économie au sein des ministères annoncé lundi soir par Nicolas Sarkozy? A priori, personnes parmi les députés, qu’ils soient de gauche ou de droite, tant elles semblent de «bon sens», comme le disent le socialiste Pierre Moscovici et le député Nouveau centre Charles de Courson. C’est sur les motivations que les avis divergent. Sans surprise, le député UMP Patrick Ollier salue une mesure «symbolique». «C’est un moyen de faire comprendre aux Français que l’on rentre dans une période d’austérité et que tout le monde sera concerné». «On ne va quand même pas féliciter Nicolas Sarkozy pour avoir pris des mesures qu’il aurait dû prendre il y a longtemps. D’autant qu’il demande à ses ministres de faire l’inverse de ce qu’il fait lui-même», réagit le député socialiste du Doubs dans les couloirs de l’Assemblée nationale.
D’autant que pour lui, ces mesures annoncées à grand renfort de communiqués ne sont qu’«une manœuvre de diversion». Après les différents abus révélés par la presse, «le président avait le choix entre annoncer un remaniement et annoncer des économies, il a choisi la deuxième solution», la moins difficile à mettre en œuvre pour «ne pas virer les ministres qu’il aurait dû virer». Même analyse du côté de Roland Muzeau, député et porte-parole des communistes à l’Assemblée. «C’est une goutte d’eau dans un océan de déficit, il ne faut pas prendre les Français pour des imbéciles», s’agace l’élu. «Certes, il y a un caractère dispendieux des dépenses engagées et il faut faire attention, mais il s’agit surtout d’un écran de fumée» pour éviter de parler de l’affaire Woerth.
François Goulard, député UMP, évoque également des cas «vraiment injustifiables», tels celui de Christian Blanc qui s’est récemment fait épingler pour avoir fait payer pour 12.000 euros de cigares sur les deniers publique. Pour lui, le «limogeage» aurait été souhaitable, car il en va de la «morale publique». Car si les Français sont plutôt «tolérants dans l’instant» sur ces sujets, ils «sanctionnent ensuite dans les urnes», craint-il. Nicolas Dupont-Aignan demande aussi des sanctions, pour éviter «l’impunité actuelle» et que les annonces ne restent pas au stade de vaines paroles. Parle-t-il d’Eric Woerth ou de Christian Blanc? On ne le saura pas. Mais «il faut un exemple. La preuve par l’exemple, c’est pas comme ça qu’on fait de la politique», demande-t-il malicieusement. «Le problème de fond, c’est le comportement, il faut plus de vertu», explique le souverainiste un rien dubitatif sur les effets des annonces. «C’est comme pour un régime, le plus dur ce n’est pas l’intention, c’est la pratique».
Même scepticisme du côté de Charles de Courson, député et trésorier du Nouveau centre. Le constat fait aujourd’hui, avec un Président qui rappelle aux ministres qu’«il ne faut pas confondre vie privée et vie publique», c’est «la fin du royaume de France décadent, où on est là pour se servir et non servir», assène-t-il. Alors si Nicolas Sarkozy rappelle des «règles essentielles», il faut des «contrôles internes et externes» de la part de Matignon et de la Cour des comptes pour vérifier qu’elles sont suivies. Les mauvais comportements, «c’est comme la mauvaise herbe, ça repousse toujours», juge l’élu, du haut de son expérience de magistrat.