2,5 milliards d’euros dépensés, des milliers de vaccins non utilisés et une défiance de la population vis-à-vis des consignes du gouvernement: la gestion de la pandémie de grippe H1N1 semble être une accumulation d’erreurs et de messages inefficaces. Un rapport de Marie-Christine Blandin, sénatrice Verte, et Jean-Pierre Door, député UMP, tire les enseignements de cette crise sanitaire et formule 32 recommandations pour que les prochaines pandémies soient mieux appréhendées et enrayées.
Après le chikungunia, le Sras, la grippe aviaire, la canicule de 2003, la grippe A s’abat sur la France en avril 2009. Pour y faire face, le gouvernement opte pour «le scénario du pire» et commande 94 millions de vaccins.
Principe de précaution ou connivence avec les laboratoires pharmaceutiques? La signature d’un contrat par Nicolas Sarkozy, un mois avant la détection du virus, pour la construction d’une usine Sanofi au Mexique n’a certainement pas permis de clarifier la situation...
Au-delà des théories fantaisistes de complot qui ont circulé, c’est surtout la confiance dans les prévisions qui a fait défaut. Des chiffres faux ont circulé sur le nombre de malades et de morts au Mexique et les outils de veille des chercheurs ne donnaient pas tous les mêmes résultats en fonction des plans d’action menés dans chaque pays.
Ainsi, en Angleterre, le modèle de calcul du nombre de personnes atteintes par le virus, basé sur les consultations chez les médecins généralistes, a été faussé par la mise en place d’un call-center pour automatiser la prise en charge des symptômes de la grippe.
Face au flou des chiffres et aux doutes sur la qualité même du vaccin, les Français auraient été rassurés par des conseils de proximité. Or, les médecins généralistes, les mieux placés pour détecter les personnes sensibles ou les contre-indications au vaccin, ont été mis à l’écart de la campagne de vaccination. Sous prétexte de conservation et de conditionnement des vaccins (livrés en boîtes de 10 doses), les généralistes ont été remplacés par des centres de vaccination aux allures militaires.
Car c’est bien le Ministère de l’Intérieur, et non celui de la Santé, qui s’est emparé de la mise en œuvre de la vaccination, avec une gestion autoritaire, voire militaire inappropriée: Marie-Christine Blandin rapporte l’anecdote d’un médecin réquisitionné par les gendarmes pour se rendre au centre de vaccination.
Du côté du Ministère de la Santé, les messages diffusés à la population ont été fluctuants: vaccination pour éviter la pandémie puis, devant l’arrivée tardive des vaccins, pour prévenir la prochaine; consignes pour bien se laver les mains à l’efficacité non démontrée... Une communication peu cohérente qui a encore accru le doute sur la réalité de la crise.
Pour les rapporteurs de l’étude, il faut privilégier à l’avenir des équipes pluridisciplinaires au sein des ministères: virologues, psychologues, anthropologues seraient utiles pour anticiper les réactions de la population.
Mais c’est avant tout un maillage social qui a fait défaut dans la gestion de la grippe A: face à des autorités suspectées de compromission ou d’amateurisme, il semble nécessaire d’associer les citoyens à la gestion des pandémies, par des débats publics, via des associations de malades ou simplement grâce aux médecins généralistes.