Cannibales: «On ne peut guère faire mieux que s'en protéger»

13 contributions
Publié le 24 juin 2010.

DECRYPTAGE - Qui sont ces êtres humains qui mangent d'autres êtres humains?...

«Au début, j'en ai mangé un peu cru (...). Ensuite, j'ai fait cuire des oignons et je l'ai mangé avec du riz.» Nicolas Cocaign raconte aux assises la façon dont il a accommodé le poumon de son co-détenu. La scène, dépeinte par celui qu'on appelle le cannibale de Rouen, ressemble à s'y méprendre à celle dans laquelle Hannibal Lecter décrit dans le Silence des agneaux comment il a dégusté le foie d'une de ses victimes «avec des fèves au beurre, et un excellent chianti».

«Ces cas sont exceptionnels dans les sociétés civilisées», relativise cepandant le président de la Fédération française de psychiatrie Gérard Schmit, interrogé par 20minutes.fr. C'est sans doute la raison pour laquelle elles marquent tant l'opinion publique, à l'image d'Issei Sagawa, étudiant japonais qui avait tué en 1981 une jeune néerlandaise à Paris, avant de consommer la chair de sa victime trois jours durant.

«Déni de l'humanité de l'autre»

«Il s'agit de personnalités perverses, à la limite de la psychose», dépeint Gérard Schmit. Des pervers suffisamment «organisés dans la réalité immédiate» qu'ils donnent volontiers l'illusion de la normalité. Mais de tels actes supposent «une régression extrême au niveau de la pulsion». Retour au stade oral ou presque, concernant la satisfaction du plaisir sexuel.

Pour ce faire, le fonctionnement mental du pervers «est entièrement orienté par le scénario qu'il s'est imaginé», explique le psychiatre. Et lorsqu'il passe à l'acte, il ne considère sa victime que comme un objet, un rôle dans ledit scénario, avec un réel «déni de l'humanité de l'autre».

«Les traiter comme des bêtes sauvages aggrave les choses»

Effrayant, et difficile à maîtriser. «On ne peut guère faire mieux que s'en protéger», se désole Gérard Schmit, évoquant les traitements possibles. «Les soigner est très compliqué, car les pervers sont très attachés à leurs fantasmes, qui sont presque des supports identitaires». Hospitalisation au long cours - en unité pour malades difficiles de préférence - ou emprisonnement, donc, en prenant garde de les faire participer aux activités de l'institution.

Il est sans doute préférable d’éviter de loger les détenus dangereux dans une cellule de 11 m2 avec deux coturnes, comme c'était le cas pour Nicolas Cociagn. Mais «les traiter comme des bêtes sauvages aggrave les choses», assure le psychiatre. Gérard Schmit se souvient du cas d'un «cannibale», à l'étranger, qui avait été enfermé pendant une vingtaine d'années. «Le jour où ils lui ont ouvert la porte, il a bouffé la joue du premier venu.»

Julien Ménielle
publicité
publicité
publicité

publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr