Parents: comment exprimer son autorité de la bonne façon?

EDUCATION Entre le laxisme et la rigidité, il existe une large palette d'outils éducatifs...

Corentin Chauvel

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BORDAS / SIPA

Comment être «une mère suffisamment bonne»? Cette notion, créée par le psychanalyste Donald Winnicott, est un idéal toujours aussi difficile à atteindre qui angoisse de plus en plus de parents d’après «Enfance et partage». A l’aide de son numéro vert «Allo Parents Bébé», l’association a révélé ce jeudi lors d’une conférence de presse qu’elle avait enregistré, dans une période récente, une recrudescence d’appels de «parents de plus en plus inquiets face à l’autorité parentale».

En cause, «l’inflation traumatogène» qui règne en France selon le pédopsychiatre et psychanalyste Philippe Jeammet, à travers l’exemple de ce projet de loi interdisant les châtiments corporels, dont la fessée, qui a été déposé en novembre dernier. Un contexte qui renforce l’angoisse des parents qui ne savent plus comment exercer leur autorité, particulièrement sur les enfants en «phase d’opposition» (de 12 mois à trois ans).

Entourées des pédopsychiatres Philippe Jeammet et Linda Morisseau, les «écoutantes» d’«Allo Parents Bébé» ont passé en revue quelques situations auxquelles elles sont régulièrement confrontées et dans lesquelles l’autorité parentale est à redéfinir.

Dédramatiser la fessée
Lever la main sur son enfant est «un geste malheureux» mais qui doit être considéré comme «un débordement», explique Emilie, l’une des psychologues du centre d’appels. En effet, certains parents ont comme premier réflexe la panique, la crainte d’avoir tout faux, d’avoir traumatisé son enfant à vie. Or, indique la psychologue, il faut que les parents aient «conscience qu’imposer des limites et exercer une autorité est une forme de bienveillance».

En effet, l’autorité est d’abord «une prise en compte des besoins de l’enfant», selon Philippe Jeammet. Les parents doivent accepter cette impuissance et «retrouver de la sérénité». «Si on est débordé, il faut apprendre à relativiser et ne pas être dépendant du jugement d’autrui», ajoute le pédopsychiatre.

Ne pas faire des crises de son enfant une affaire personnelle
Comme la peur, «le doute est pathogène», explique Philippe Jeammet. Un enfant qui fait une crise ne veut pas dire qu’il n’a plus confiance en ses parents, encore moins qu’il ne les aime pas. Se questionner sur cet amour «exprime une inquiétude», précise le pédopsychiatre. C’est justement quand il y a «une trop grande dépendance effective»  que l’enfant va ressentir «le besoin de s’opposer».

Ainsi, «il ne faut pas être prisonnier de ses émotions, ne pas demander aux enfants qu’ils nous rassurent sur l’amour qu’ils nous portent», insiste Philippe Jeammet. La solution du spécialiste est de «déplacer le conflit» en proposant à son enfant une autre activité, un jeu par exemple.  

Entendre le désir de son enfant sans pour autant le satisfaire
C’est tout le problème de l’«enfant-roi», un enfant trop gâté, ce qui ne l’empêche pas de faire des caprices. Pour Philippe Jeammet, il s’agit plutôt d’un «enfant-esclave», devenu totalement dépendant de cet environnement. «Un enfant a envie d’exister, mais ce n’est pas sûr qu’il veuille tous ces jouets qu’on peut lui offrir», affirme le pédopsychiatre.

La réponse à apporter à ce problème passe par la frustration. «Frustrer les enfants est un geste d’amour, une marque d’autorité bienveillante», indique Morgane, l’une des écoutantes d’«Allo Parents Bébé». «S’il est dans une situation de confiance avec ses parents, l’enfant acceptera cette frustration», renchérit Philippe Jeammet, qui précise qu’il faut le remettre dans une situation d’échange et de partage.

«Maintenant que Super Nanny n’est plus là, les gens peuvent nous appeler»

«Allo Parents Bébé» est un service «national, anonyme et gratuit» qui existe depuis février 2008. En un peu plus de deux ans, le numéro vert a recueilli plus de 12.000 appels de parents recherchant à être conseillés (alimentation, sommeil, autorité…), rassurés et orientés. Le centre d’appels, animé par des psychologues et des puéricultrices, fonctionne du lundi au vendredi de 10h à 15h et de 17h à 21h au 0 800 00 34 56

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