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La pénibilité «peut avoir des effets différents sur différentes personnes (…) il faut en vérifier les effets». Eric Woerth avait remis dimanche le grand débat sur la pénibilité au travail sur la table et à une dizaine de jours de la présentation officielle de la réforme des retraites, le ministre du Travail a de nouveau confirmé jeudi la volonté du gouvernement de privilégier la logique individuelle et médicalisée de la pénibilité, souhaitée par le Medef.

«Quand vous avez eu des difficultés dans votre boulot, que vous êtes abîmés physiquement, usés physiquement, et qu'on peut le prouver évidemment, alors il faut en tenir compte aussi», a indiqué le ministre du Travail sur TV5 Monde, se plaçant dans la lignée du Medef et en complet porte-à-faux vis-à-vis des syndicats qui réclament un traitement collectif de la pénibilité.

Trois facteurs de pénibilité

Les dernières négociations interprofessionnelles entre syndicats et patronat, qui se sont terminées sur un échec, avaient fixé trois facteurs de pénibilité: les contraintes physiques marquées (port de charges lourdes, postures pénibles, vibrations), un environnement agressif (produits toxiques, températures extrêmes, bruits intenses, etc.), et certains rythmes de travail (travail de nuit, horaires alternants, etc.).

A l’heure actuelle, un certain nombre de professions (bâtiment, travail à la chaîne) bénéficient d’un traitement de faveur pour un départ anticipé à la retraite sans toutefois être intégrées à un régime spécial, hantise du gouvernement. Ce dernier aimerait ainsi mettre en place un véritable dispositif individuel où l’on pourrait partir en avance sous réserve de l’avis favorable d’une commission médicale.

«Tout dépend des instructions données aux médecins»

Problème: on peut être usé physiquement et mentalement, mais pas forcément inapte pour autant à continuer un travail. «Tout dépend des instructions données aux médecins», ironise Henri Sterdyniak, de l’Observatoire Français des Conjonctures économiques (OFCE), joint par 20minutes.fr. L’économiste rappelle que le dispositif auquel pense le gouvernement est déjà très répandu dans les pays du nord de l’Europe (Scandinavie, Pays-Bas, Allemagne, Grande-Bretagne), mais qu’aux critères médicaux s’ajoutent également des critères sociaux qui peuvent changer la donne.

Puis il y a cette fameuse pénibilité différée qui, comme son nom l’indique, ne se révèle que plus tard. Elle est à l'origine de maladies, comme des cancers, pas toujours décelables à la cinquantaine car elles mettent du temps à se déclarer, mais qui réduisent l'espérance de vie et la possibilité de profiter de sa retraite. Le meilleur exemple étant le travail au contact de l’amiante pour lequel un fonds spécial avait été créé.

Eviter que «certains salariés passent du travail au cimetière»

«Il faut qu’il y ait une équité pour des retraites en pleine santé et non pas que certains salariés passent du travail au cimetière», s’indigne Eric Aubin, membre de la direction confédérale CGT et responsable du dossier retraites. Contacté par 20minutes.fr, il précise qu’«il y a un écart de sept ans entre l’espérance de vie d’un ouvrier et celle d’un cadre.»

C’est ainsi que les syndicats jugent idiot de vérifier l'état de santé du salarié et réclament un départ anticipé automatique pour certains métiers ou facteurs de pénibilité sans attendre que la personne soit tombée malade. C’est tout l’enjeu du débat et cela fait trois ans que cela dure. Tout porte à croire que le bras de fer risque de se poursuivre encore un moment.

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