En juin 2009, Nicolas Sarkozy comparait l'affaire de Karachi à une « fable ». Hier matin, Mediapart en a révélé un nouveau chapitre sous la forme d'un rapport de police luxembourgeois. Saisis par deux juges parisiens, les policiers du Grand-Duché étaient les soupçons de malversations financières qui auraient conduit à l'attentat de Karachi (Pakistan) en 2002 et dans lequel onze Français sont morts.
Sans en apporter la preuve, ce rapport évoque clairement un financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 à laquelle l'actuel locataire de l'Elysée a participé. A l'origine, se trouve Heine, une société offshore basée au Luxembourg. Sur la foi de documents saisis, le rapport assure que Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur ont donné « leurs accords » en 1994 pour créer cette « shadow company » (société fantôme) par laquelle auraient transité des commissions liées à des contrats d'armement français. « Finalement, une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises », notent les policiers en guise de conclusion juste après avoir souligné qu'en 1995 ,« Edouard Balladur était candidat à l'élection présidentielle et était soutenu par une partie du RPR, dont Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua. »
Aux juges d'écrire la morale
Contacté hier matin, l'Elysée n'a pas souhaité commenté ces nouvelles révélations. Pourtant, elles se multiplient depuis quelques mois. « Aujourd'hui, on arrive au cœur du réacteur, nous confie Fabrice Lhomme, journaliste à Mediapart et auteur d'un ouvrage sur le sujet*. Ça confirme que Nicolas Sarkozy a joué un rôle majeur dans cette affaire. » Interrogé hier midi, un membre du gouvernement pense pourtant le contraire : « Tout ça me paraît pour le moins invraisemblable. » Il n'empêche : ces nouveaux éléments ont été transmis aux juges français. Il ne leur reste plus qu'à écrire la morale de cette « fable ».
Les familles des victimes françaises de l'attentat de Karachi sont « indignées par ces nouvelles révélations », nous a confié hier Olivier Morice, leur avocat. Persuadées d'être face à un « mensonge d'Etat », elles ont réclamé la démission du chef de l'Etat. En décembre dernier, elles avaient déjà affirmé qu'il était « au cœur du système de corruption ».