Le gouvernement avance à pas feutrés sur le dossier des retraites, ce qui a le don d’agacer sérieusement une partie de la presse nationale et régionale ce mercredi.
«La façon dont la décision de faire sauter la retraite à 60 ans a été diffusée est un modèle de travestissement roublard et d'opiniâtreté retorse», visant à «laisser l'adversaire, politique ou syndical, dans le flou et préparer l'opinion à la remise en cause d'un acquis populaire», estime ainsi Jean-Michel Helvig dans la République des Pyrénées.
«Une partie de poker menteur redoutable»
François Martin, dans Midi Libre, évoque lui aussi «une partie de poker menteur redoutable» jouée par le gouvernement, qui «tâte le terrain» et «veut convaincre les Français de l'urgence». «Reste à savoir s'ils avaleront la pilule...», s'inquiète l'éditorialiste.
«Visiblement, le gouvernement teste les réactions de l'opinion publique», renchérit dans le même sens Patrice Chabanet du Journal de la Haute-Marne, pour qui «le coût électoral pourrait être élevé».
Accompagner la disparition de la retraite à 60 ans
«C'est le pilier de la réforme qui échappe à la négociation», grogne alors Jacques Camus de La République du Centre, et du coup, «dans les cortèges» syndicaux de jeudi, «il ne s'agira pas de sauver la retraite à 60 ans mais d'accompagner sa disparition».
Même son de cloche pour Paul Burel, de Ouest-France, qui juge que «la position du pouvoir ressemble à une vraie déclaration des hostilités à l'égard des partenaires sociaux», et ce alors que le débat sur les retraites est mené à gauche comme à droite «avec, à l'évidence, une ligne d'horizon très claire: la présidentielle de 2012».
Un «bal des hypocrites»
Visiblement irrité par «ce bal des hypocrites» puisque «les dés sont jetés», Michel Vagner pose lui «les deux seules vraies questions» dans l'Est Républicain: «Où trouver les sources de financement supplémentaires et qui paiera?»
Dans Libération, Laurent Joffrin déplore qu'«en repoussant l'âge légal, on atteindra d'abord les ouvriers et les employés qui, aujourd'hui encore, vivent moins longtemps que les autres». «On s'apprête à renoncer à une conquête qui n'a rien à voir avec un tabou. On aimerait que nos responsables s'en souviennent», ajoute-t-il.
«Attaquons le totem!»
Jean Levallois, dans La Presse de la Manche, avance lui une position plus fataliste: «l'évolution de l'âge de la retraite est perçue, certes sans enthousiasme», mais «comme une évidence» par la population.
Au contraire du Figaro qui, isolé dans son enthousiasme, exhorte: «La retraite à 60 ans est un totem? Attaquons le totem!» Et de saluer Nicolas Sarkozy, qui «tire désormais à vue sur les années Mitterrand», car «si l'ancien président n'avait pas chargé la barque des dépenses publiques comme il l'a fait, la France n'en serait pas là aujourd'hui».